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vendredi 15 mars 2013

Critique : Mon initiation chez les chamanes, de Corine Sonbrun


Sous-titre : Une Parisienne en Mongolie
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 2004
Genre : Récit de voyage mystique et ethnologique
 
Corine est une grande voyageuse mystique. En Amazonie, lors de sa première rencontre avec un chamane, elle a entendu en rêve un chant diphonique. Seuls les chamanes mongols le pratiquent : alors cette fois, direction la Mongolie.

Un chamane est une personne qui entre dans un état de conscience altéré (la transe), volontairement, afin de contacter et d’utiliser une réalité cachée en vue d’acquérir connaissance, pouvoir et faculté de guérison, selon Michael Harner (1979). Pilier des peuples primitifs, le chamane cumule souvent les fonctions de prêtre, guérisseur, devin et médiateur. Médiateur entre les hommes, mais surtout entre le monde réel et celui des Esprits.

Corine se moque pas mal de l’aspect social et thérapeutique. Comme tous les humains, elle cherche à satisfaire son intérêt égoïste. Elle est depuis trois ans en deuil de son amoureux et n’arrive pas à l’oublier. Au point d’espérer entrer en contact avec lui grâce à la transe !

Elle réussit à assister à une cérémonie chamanique. Et là, paf ! Uniquement en écoutant les battements du tambour magique (180 battements par minute, comme la musique techno), elle entre en transe. Celle-ci s’obtient généralement par l’ascèse ou les produits psychotropes (amanite tue-mouche dans nos régions). Mais pour certains, la musique appropriée suffit : la preuve. Peut-être le deuil inconsolable augmente-t-il la perception de Corine, ou peut-être sa santé mentale s’est-elle altérée par le chagrin…

Pendant la transe, elle ne sent plus la douleur. Elle devient un esprit, un loup, et voyage dans le monde des Esprits. Elle voit un vieillard. Surtout, elle voit une porte, qu’elle n’ose franchir car c’est dangereux. La transe est-elle un voyage intérieur ou bien vers une autre dimension ? La question reste ouverte.

Corine fait la rencontre d’une chamane expérimentée qui accepte de la former. Alors elle vit en semi-nomade avec la famille de la chamane, dans la steppe. Tous logent dans un tipi. Ils élèvent des rennes, possèdent chiens et cheval. Corine apprend à traire les rennes, les regrouper, couper le bois, résister au froid. Bref, vivre comme nos ancêtres du néolithique, vodka en plus. Que ne ferait-elle pas pour retrouver son chéri ?

Sous la houlette de la chamane mongole, elle effectue plusieurs voyages intérieurs. Elle ose enfin ouvrir la porte du son, comme elle la nomme. Mais, grosse déception, le défunt chéri n’est pas derrière cette porte. La vie et l’apprentissage continuent.

Il est passionnant de constater que le phénomène du chamanisme ne semble pas culturel : une Française peut avoir ce don. Il s’agit donc d’un phénomène universel.

Le chamanisme est la première religion de l’humanité, depuis l’aube des temps. Certains affirment que les croyances et les mythes fondateurs des grandes religions actuelles et passées viennent des visions des chamanes en transe. C’est eux qui nous ont communiqué la notion de l’au-delà.

Un témoignage unique sur le phénomène de transe, un récit ethnologique saisissant, un style et un ton vivants : Corine Sonbrun signe un livre exceptionnel et passionnant.



 
 

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mardi 27 mars 2012

Revue du plus extraordinaire récit de voyage depuis Marco Polo

Titre : En Afghanistan   
Auteur : Rory Stewart
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 2009 en français & 2004 pour l’édition originale en anglais
Genre : Récit de voyage 

Ce jeune homme écossais est un grand voyageur : il a parcouru à pied l’Iran, le Pakistan et le Népal. Début 2002, alors que le gouvernement afghan de Karzai est tout frais, il décide de marcher de Hérat (à l’ouest) jusqu’à Kaboul : des centaines de kilomètres dans la montagne en plein cœur de l’hiver. Dans la vallée de Ghor : l’Unesco la qualifie de « ceinture de la faim » et prophétise 100 000 morts cet hiver là.

Heureusement, notre narrateur sait que les prévisions des humanitaires sont souvent de la foutaise alarmiste afin d’attirer les dons. Il part donc le cœur vaillant, avec son bâton de marche et son sac à dos. Il a un don pour les langues : il a appris le persan en Iran en discutant avec les villageois. Il arrive tant bien que mal à communiquer avec les Afghans de la région qui parlent le dari, un dialecte du persan.

À chaque village d’étape, il demande l’hospitalité que les musulmans ne peuvent refuser, même s’ils se font parfois tirer l’oreille. Il en profite pour demander des lettres de recommandation ainsi que son chemin à travers la montagne : il n’a pas emporté de carte précise par crainte de passer pour un espion. En humaniste, il discute avec les villageois pour comprendre leur mentalité, leurs coutumes, leur essence.

Leur vie est rude : souvent on ne peut lui offrir que du pain sec arrosé de thé. Il dort par terre dans une salle commune. Il n’y a ni électricité, sauf exception, ni eau courante, ni médecin. C’est marche ou crève, pour lui comme pour les autochtones, malgré la solidarité. Les villageois ont beaucoup souffert, même dans les montagnes peu accessibles, de plus de 20 ans de guerre

Les conditions climatiques du périple sont extrêmes : il a souvent de la neige jusqu’aux genoux voire plus haut, la température descend à -20°, les cols montent au-dessus de 4000 mètres. Il tombe parfois malade, se demandant s’il va mourir. Son audace, son énergie, sa débrouillarde et sa frugalité sont époustouflantes.

Le récit est aussi celui d’une très émouvante amitié entre un homme et un chien.

Sa tchatche et sa grande connaissance de l’islam combinées à sa psychologie le tirent parfois d’embrouilles avec des Afghans mal intentionnés. Mais globalement, il est traité avec respect.

Son érudition est immense. Au cours de son périple, il s’intéresse à l’histoire, à l’architecture, à l’archéologie et surtout à l’ethnologie : les humains.

Dès 2002, il explique que l’aide en Afghanistan ne peut réussir par manque de connaissance des Afghans. Les bureaucrates décideurs ne se déplacent pas dans les villages où vivent 80 % de la population. Ils déploient l’internet haut débit à Kaboul tandis que le gros de la population dans les campagnes manque de presque tout.
 

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Appui feu en Afghanistan (récit de guerre)