mardi 18 septembre 2012

Critique : Trente jours de nuit (bande dessinée)


Scénariste : Steve Niles
Dessinateur : Ben Templesmith
Éditeur : Delcourt
Date de parution : 2003 pour la version originale anglaise
Genre : horror survival, horreur / épouvante
 

Il existe deux types principaux d’histoires de morts-vivants : les zombies depuis 1968, année du film culte La nuit des morts-vivants et les vampires depuis 1897, année du roman mythique Dracula de Bram Stoker.

Trente jours de nuit traite du second cas. Au fin fond de l’Alaska, dans un petit village isolé, des vampires attaquent. La nuit arctique y dure un mois, ce qui fait bien les affaires des vampires qui craignent la lumière du soleil.

Alors ils massacrent et se gavent de sang après avoir coupé les communications entre le village et le reste du monde. Seule une poignée de villageois se terre. Arriveront-ils à trouver un stratagème pour survivre ? L’amour entre un homme et une femme peut-il les sauver ?

Thème classique, mais histoire prenante. Le dessin paraît particulier au premier abord. Il est blur, flouté. Les couleurs prédominantes sont le rouge du sang et le gris de la nuit enneigée arctique. On se rend vite compte que ce dessin contribue grandement à l’ambiance oppressante de l’histoire. Un peu comme une peinture artistique : plutôt que d’imiter la réalité, il la transcende pour faire naître en nous des émotions.

Une excellente bande dessinée de vampires, bourrée de bonnes idées scénaristiques, pour lecteurs assez avertis (16 ans à mon avis).

Un film américain de David Slade a adapté cette bande dessinée en 2007.



 

 Vous aimerez peut-être :


mardi 11 septembre 2012

Nouvelle courte : Le Maître des Ours


Osamu avait huit ans quand sa mère mourut dans les bombardements au Japon, en 1943. Depuis, sa mamie s’occupait de lui. Un an après, son père était revenu du front, en permission. Osamu rayonnait de joie ! Il croyait que son papa resterait toujours. Quand celui-ci avait annoncé qu’il devait repartir, Osamu avait beaucoup pleuré. À l’école, l’instructeur militaire avait expliqué qu’il fallait combattre l’ennemi américain de toutes ses forces. C’est ce qu’Osamu avait fait. Il avait perdu toutes ses forces quand sa maman était morte. Maintenant, il n’en avait plus, des forces, pour laisser mourir son papa. Osamu avait décidé que celui-ci ne retournerait pas à la guerre. Il aimait le Japon, il était patriote comme disait l’instructeur, mais il aimait son père encore plus.

En ces temps troublés, on ne pouvait pas circuler au Japon sans papiers. Osamu était très malin : il vola les papiers de son papa, laissa à la place un petit mot pour le rassurer, et s’enfuit dans la grande forêt. Il ne reviendrait au village qu’à la fin de la guerre. Il craignait de vivre seul dans la forêt, mais l’idée de perdre son papa l’effrayait encore plus.

Les villageois le cherchèrent. En vain : il s’était dissimulé dans les hauteurs d’un grand arbre.

Il avait peur, la nuit surtout. Il faillit rentrer au village après avoir enterré les papiers sanguinaires, quand il se lia d’amitié avec un autre habitant de la forêt : une ourse brune qu’il avait délivrée d’un piège mis en place par des chasseurs. Souvent, il jouait avec elle. Il avait même réussi à force de patience, comme seuls les enfants en sont capables, à lui faire comprendre une trentaine de mots, car les ours sont très intelligents. Quand la nuit était froide, il dormait même lové dans la fourrure de l’animal.

Osamu connaissait les plantes comestibles de la forêt, comme tous les villageois, et, à sa surprise, mangeait mieux en forêt qu’à la maison où de terribles rationnements sévissaient. Il avait toute la journée pour cueillir, alors qu’au village il fallait aller à l’école et suivre les cours d’instruction militaire si ennuyeux.

Un jour, grâce à son odorat aiguisé, l’ourse l’informa de l’arrivée d’intrus sur leur territoire. Ils suivirent la piste et se hâtèrent en entendant des cris : deux soldats étaient en train de rouer de coups un civil.

Le cœur tremblant, Osamu reconnut son père. Il n’eut qu’un mot à dire, et l’ourse se jeta par surprise sur les deux soldats. Elle les tua, car il le fallait.

— N’aie pas peur, papa ! cria Osamu. L’ourse est mon amie.

— Osamu, que… que fais-tu là ?

Le garçon ressentait tant de bonheur de revoir son papa ! Il se jeta dans ses bras. L’ourse les regardait comme si elle comprenait leur bonheur.

— Tu es venu à ma recherche ? demanda Osamu.

— Non, j’ai déserté. Je me cachais dans la forêt quand ces deux soldats m’ont rattrapé.

Osamu lui raconta sa fugue et lui rendit ses papiers. Son père déclara :

— Nous resterons tous les deux dans la grande forêt tant que la guerre durera.

— Tous les trois, corrigea l’enfant.

C’est ainsi que naquit la légende d’Osamu, le Maître des Ours appelé aussi l’Enfant Roi de la Forêt, un héros mythique très connu au Japon et même en Chine.

 

En hommage à l’enfant que fut Osamu Tezuka.

 

Vous aimerez peut-être :


mardi 4 septembre 2012

Critique de : Un voyage chez les Aïnous


Titre : Un voyage chez les Aïnous
Sous-titre : Hokkaïdo - 1938
Auteurs : Arlette et André Leroi-Gourhan
Date de parution : 1988
      Genre : essai d’ethnologie / anthropologie
 
Les Aïnous sont les premiers habitants du Nord du Japon, arrivés à la préhistoire bien avant les peuples mongoloïdes. On ne sait pas exactement d’où ils viennent. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne ressemblent pas aux Japonais. Ils sont de type caucasien : peau pâle, yeux non bridés, système pileux très développé.

Quand le couple d’anthropologues belges Leroi-Gourhan va les étudier en 1938 sur la grande île Hokkaïdo, ils mènent encore la vie de leurs ancêtres, même s’ils importent quelques produits japonais comme le saké, les pointes de flèche en métal ou pour les plus riches, le fusil.

Sur Hokkaïdo, gibier et poisson abondent. L’hiver se fait particulièrement rigoureux, l’océan allant jusqu’à glacer près des côtes. Les sédentaires Aïnous sont regroupés en villages de huttes construites en paille, roseau et bois. Ils ne cultivent pas la terre.

Comme tous les peuples aborigènes, ils opèrent une nette division du travail entre sexes. Les femmes pratiquent la cueillette, s’occupent des enfants et tissent. Les hommes chassent, pêchent et travaillent le bois qui est leur matériau de base pour tous les objets. Suivant la saison, ils chassent l’ours à l’arc avec des flèches empoisonnées à l’aconit, le cerf, pêchent le saumon, le phoque, et jusqu’au XIXe siècle, ils pêchaient même la baleine au harpon sur de frêles barques en bois.

Ils pratiquent la religion animiste (qui est encore de nos jours la quatrième au monde). Ils croient que toutes les manifestations de la nature sont animées par un esprit. Ça leur fait beaucoup d’esprits à honorer et surtout à ne pas fâcher. Comme tous ceux qui croient en l’au-delà, ils sont superstitieux, souffrent des contraintes imposées par les rites et se consolent en espérant la vie après la mort. Il n’y a ni prêtre ni chaman, aucun guide spirituel, car la spiritualité est suffisamment forte en eux.

Ils pratiquent (de moins en moins) la fête de l’ours. Quand ils chassent les ours adultes, ils ramènent au village le bébé. Il est alors élevé dans une famille, allaité par la mère comme le bébé humain ! Quand il devient trop fort, on le met en cage. Puis on organise une grande fête qui dure trois jours, pendant laquelle on invite les parents d’autres villages, on boit force saké, on met l’ours à mort au cours d’une cérémonie religieuse et on le mange.

Le livre est bien écrit, sans longueurs ni jargon abscons (contrairement à beaucoup de livres sur la préhistoire) et remarquablement illustré par des photos et des dessins. On déplore juste quelques sujets non traités, comme la régulation des crimes.

Les Japonais ont essayé d’introduire chez les Aïnous l’agriculture, et plus généralement le mode de vie civilisé. Mais les Aïnous préféraient rester libres et pauvres, plutôt que d’obtenir le confort au prix des contraintes aliénantes de la civilisation.


Famille Aïnou, 1904
Chasse à l'ours

Vous aimerez peut-être :

lundi 27 août 2012

Critique de Monster Hunter Orage par Hiro Mashima (manga)


Éditeur : Pika Edition
Date de parution : 2008 pour la version originale japonaise
Genre : nekketsu de type Shonen
 
Ce manga en quatre volumes est tiré du jeu vidéo Monster Hunter de l’éditeur japonais Capcom. Capcom est l’auteur de jeux vidéo mythiques : Street Fighter, Megaman, Resident Evil, Devil May Cry. Monster Hunter s’est imposé ces dernières années comme un jeu culte au Japon, égalant les ventes des franchises Pokemon et Yu-Gi-Oh. Le dernier opus, Monster Hunter Portable Third a dépassé les quatre millions d’exemplaires vendus dans l’archipel nippon, redonnant à lui seul une seconde jeunesse à la console portable PSP de Sony.

Monster Hunter est un jeu de rôle orienté action. L’objectif est de chasser des monstres pour, avec les différentes parties de leur corps, fabriquer des armes et des armures plus performantes, afin de chasser d’autres monstres de plus en plus puissants. Ce thème de chasse aux monstres dans le but de récupérer des matériaux utiles (et accessoirement de protéger les villageois) semble inscrit dans la mythologie japonaise. Le manga InuYasha, par exemple, explore cette idée. Je pense qu’elle vient du tréfonds des âges. À la préhistoire, au paléolithique, les humains chassaient le gros gibier non seulement pour la viande, mais pour tous les organes : os, tendons, viscères, graisse, cornes…

Monster Hunter Orage est un manga de type Shonen. Ce terme signifie adolescent en japonais. Il ne désigne pas un genre, mais une cible éditoriale : les ados garçons.

Nekketsu par contre désigne le genre. Son représentant le plus connu est le manga Dragon Ball, ainsi que Naruto. Il met en scène un jeune garçon idéaliste, fougueux, exalté, enthousiaste qui vit pour réaliser son rêve. Ici, il s’agit de vaincre le plus rare et le plus puissant des monstres. Notre héros se montre droit, franc, mais aussi naïf au point d’en être niais, un thème humoristique exploité à profusion.

C’est dans l’adversité qu’il se révèle : pour sauver ses compagnons chasseurs, pour vaincre les monstres les plus coriaces, quand on croit que tout est perdu, eh bien non, le petit bougre, en dépit de son minuscule corps ridiculement malingre, réussit là où tous échouent. Parce qu’il possède la foi qui déplace les montagnes, comme Jésus… Il a un don presque magique, il est béni de(s) Dieu(x) comme Jésus…

L’histoire raconte les pérégrinations d’un groupe de jeunes chasseurs qui découvrent la solidarité et la coopération qui leur permettent de triompher des monstres et aussi des méchants chasseurs rivaux. Car le mal rôde, nos talentueux amis attirent la jalousie. Le long chemin (4 volumes) pour devenir des chasseurs mythiques se révèle parsemé d’embuches. Vont-ils y arriver ?

Les filles chasseuses apparaissent toutes intelligentes, belles, minces, fortes physiquement comme des hommes et pourvues de formes avantageuses, révélées jusqu’au bikini parfois, cible éditoriale oblige.

L’histoire se révèle plus subtile qu’il n’y paraît, toutefois. Ainsi, on découvre progressivement le passé des personnages, les traumatismes qu’ils ont encaissés et qu’ils ont du mal à surmonter.

En conclusion, voici un manga intéressant pour découvrir l’univers de Monster Hunter et le genre nekketsu.

 


 

Vous aimerez peut-être :


vendredi 17 août 2012

Critique de Preacher : Mort ou Vif (BD)


Titre : Preacher
Sous-titre : Mort ou Vif
Dessinateur : Steve Dillon
Scénariste : Garth Ennis
Éditeur : Panini Comics
Date de parution : 1996 pour la version originale en anglais

Le genre ? Fantastique-horreur, mâtiné de polar noirâtre. Pour lecteurs très avertis.
 
L’histoire ? Le révérend Jesse Custer menait une vie tranquille dans une petite ville du Texas. Seulement voilà, un ange (créature de Dieu, donc) et une démone (créature de Lucifer) se sont accouplés et reproduits. C’était interdit, mais ils l’ont fait, car les créatures divines ont toujours été anthropomorphes (comme le Dieu de l’Ancien Testament), et sont donc ballotées par les passions humaines, voire animales. Leur embarrassant rejeton était emprisonné au Ciel, dont il s’est enfui. Et, manque de pot, il s’est réfugié dans le corps du révérend. Alors notre beau gosse se lance dans une épopée, une quête plus blasphématoire que mystique, pour trouver Dieu qui a abandonné ses créatures et lui demander des comptes, rien de moins. Il est accompagné d’une maniaque de la gâchette (une ex qui lui inspire le brûlant désir de remettre le couvert) et d’un vampire au grand cœur, qui ne tue que pour se nourrir et, en plus, que des salauds qui ne méritent pas de vivre. Le plus humain de la bande, c’est peut-être le vampire.

C’est du fantastique donc, très rocambolesque à première vue. Le talent du scénariste est tel que l’histoire est cohérente et passe bien. Les personnages possèdent leur psychologie et arrivent à se montrer attachants malgré leurs vices. Les dialogues sont percutants. Il y a aussi des monologues saisissants, avec une bonne dose d’humour.

Il y a de l’horreur aussi. Beaucoup. Du gore sanglant - le pléonasme ayant ici une valeur emphatique - à la limite du soutenable. Le dessin est saisissant. On aimerait presque qu’il soit moins réaliste. C’est vraiment pour des lecteurs très avertis, à lire avant 21 heures et après 21 ans. Il est amusant de constater que les scènes de sexe sont autocensurées, alors qu’on nous montre les pires horreurs, tortures, tueries. Comme au cinéma.

Globalement, une histoire fascinante, originale, qui vous prend aux tripes. Dans son genre si particulier, un chef-d’œuvre à ne pas mettre entre toutes les mains. Preacher, c’est barré ! annonce la préface.






 Vous aimerez peut-être :


mercredi 8 août 2012

Nouvelle courte : Le plumitif hâtif


Depuis des années, tous les éditeurs refusaient ses manuscrits. Il lui fallait changer de méthode. L’apprenti écrivain décida de se faire pistonner. Il attendit à la sortie de son bureau une directrice de collection des éditions Gallimuche qu’il avait reconnue grâce à la photo sur le site de la maison d’édition. Il l’aborda et la séduisit, car s’il manquait de talent littéraire, il possédait le charisme des passionnés ainsi, accessoirement, qu’un physique avantageux.

Après l’acte d’amour, il lui remit son meilleur roman. La demoiselle lut le début et déclara que malgré l’amour bouillant qu’elle éprouvait pour son amant, l’écrivain la laissait de glace.

Elle fit la bêtise de lui conseiller de changer de voie. Il entra dans une rage immense et commença à l’étrangler. Il se reprit en réalisant qu’il avait laissé tant de traces de lui que la police ne manquerait pas de le retrouver. Il s’excusa, ramassa son manuscrit imparfait et partit.

Étrangler une éditrice l’avait mis en extase. Ah, se venger du rejet des éditeurs ! Et tuer, exprimer sa force, quelle sensation ! Sans compter que l’expérience pourrait l’inspirer pour son prochain thriller sur un tueur en série. Il jubilait à l’idée de joindre l’utile à l’agréable.

Rentré chez lui, en parcourant le site web des éditions Albi Michon, il repéra une éditrice dont le nom lui était douloureusement familier. Elle avait refusé tous ses textes, et suprême humiliation, presque dès réception à chaque fois.

La rage au ventre, l’excitation au bas-ventre, il la suivit à la sortie des bureaux de l’éditeur, enfila des gants en plastique et l’étrangla devant chez elle. Il réussit à prendre la fuite sans se faire repérer.

Il était en train de vivre le meilleur moment de sa vie quand, rentré chez lui, il ouvrit ce courrier :

Monsieur,

J’accuse réception de votre manuscrit. Contrairement aux précédents textes, je décèle une grande profondeur dans votre œuvre. Je vous avoue cependant que j’ai eu le plus grand mal à le faire accepter de ma direction. Si nous le corrigeons ensemble, je suis confiante qu’il sera édité chez Albi Michon. Encore bravo. Veuillez me contacter au…

La lettre était signée de l’éditrice qu’il venait de tuer.







Vous aimerez peut-être :
 

mercredi 1 août 2012

Critique de Death - La vie…à quel prix !

      Titre original : Death: the high cost of living
Scénario : Neil Gaiman
Illustration : C. Bachalo, M. Buckingham, D. McKean
Éditeur : Panini Comics
Date de parution : 1994 pour la version originale
Genre : bande dessinée fantastique, poétique et féérique
 

Sexton Furnival est affublé d’un nom ridicule dont il souffre. L’ado suicidaire traîne une tonne de problèmes dans sa tête qui lui viennent en partie de ses parents spéciaux. Il veut en finir quand il rencontre Didi, une jeune fille loufoque. Il ne tombe pas amoureux, mais il la suit, car elle l’intrigue. Elle est enjouée, énergique, positive, tout le contraire de Sexton.

Et puis, elle prétend être la Mort. Il la prend pour une mytho bien sûr. Tout de même, elle le fascine. Alors, ils vivent une épopée de vingt-quatre heures dans les rues de New York, poursuivis par des fous, ou peut-être, des êtres surnaturels.

Tout le long de l’histoire, l’œuvre joue admirablement sur l’ambivalence : les personnages sont-ils surnaturels ou dingos ? On flirte avec le conte philosophique sur fond de parcours initiatique. Sexton apprend à devenir aimable et à aimer : les gens, la vie.

Les dialogues sont croustillants, le rythme soutenu, le dessin remarquable. L’œuvre recèle une profondeur certaine.

L’éditeur affiche le logo pour lecteurs avertis. Pour une fois, je ne suis pas d’accord. Le Petit Prince est-il pour lecteurs avertis ? Pourtant un enfant qui se suicide, ça pourrait choquer les jeunes lecteurs…






Vous aimerez peut-être :