vendredi 28 mars 2014

La revue numérique Short Stories, Etc. des éditions de La matière noire



D’abord la fréquence de parution : hebdomadaire. C’est un rythme très soutenu. La plupart des webzines proposent une parution mensuelle ou trimestrielle.

Ensuite, le format. Les confrères périodiques en sont encore au PDF. La matière noire, éditeur numérique, propose les deux formats pour liseuses : epub et mobi (Amazon Kindle). J’ai testé la version mobi : sa présentation est impeccable. Aucune faute de typographie ou de français n’est à déplorer.

Enfin, le modèle économique. Entreprenant, l’éditeur Victorien ose l’abonnement payant : au mois, au semestre ou à l’année. Il propose à ses auteurs un vrai contrat à compte d’éditeur – une initiative suffisamment rare pour être saluée.

Vous avez 5, 10 ou 20 minutes pour lire ? Short Stories etc., le magazine de la nouvelle est fait pour vous ! Chaque semaine, trois auteurs différents vous proposent chacun une nouvelle. Tous les genres de la fiction sont abordés.

Bon, mais la qualité est-elle au rendez-vous ? Vous pouvez le constater par vous-même : le numéro 1 est gratuit.

Comme le temps passe… Nous en sommes déjà au numéro 12. Ce numéro publie une de mes nouvelles, Le voyageur amoureux. Il s’agit d’une enquête d’Axtone Latuile, détective privé fauché, nihiliste et alcoolique repenti. C’est un personnage dont j’ai narré les aventures noires pendant un roman. Cette nouvelle n’en fait pas partie, il s’agit d’une exclusivité pour Short Stories, etc.

On trouvera notamment dans ce numéro 12 une remarquable nouvelle d’Élisabeth Charier, Glaciation. L’ère glaciaire est de retour en Europe ! Froid et faim au nord, surpopulation et émeutes au sud. Remarquablement écrit et rythmé, ce récit apocalyptique nous dépeint avec un grand réalisme l’enfer polaire tel qu’il pourrait advenir en France. Il est d’autant plus réaliste que j’ai lu qu’on avait découvert que les ères glaciaires du passé étaient arrivées très brusquement : en quelques semaines seulement ! Comme la climatologie est encore une science balbutiante, qui sait si cela ne nous arrivera pas demain ? Alors, préparez-vous à la prochaine ère glaciaire en lisant cette nouvelle qui… fait froid dans le dos.
 

samedi 22 mars 2014

Le numéro 12 d’Absinthe : un cru enivrant !


La revue numérique (ou webzine) Absinthe publie des nouvelles et des poèmes. Elle est téléchargeable gratuitement au format PDF. Il manque les formats epub et mobi pour liseuses, un défaut de jeunesse qui n’est pas spécifique à ce webzine littéraire.

Absinthe s’intéresse à la littérature de l’Imaginaire : Science-Fiction, Fantasy & Fantastique, SFFF. Évadons-nous du gris monde réel !

Son jeune et dynamique éditeur, Aaron McSley réussit depuis maintenant un an l’exploit d’une production mensuelle. Dix nouvelles et presque autant de poèmes chaque mois, je tire mon chapeau parce que c’est une cadence très élevée qu’aucun webzine à ma connaissance ne tient sur la distance.

Nous avons la quantité, certes. Mais la qualité ? Diantre oui ! Je me suis penché sur les nouvelles et quand je me suis relevé, j’avais le tournis – de ravissement. Le niveau est stupéfiant. Il y a du punch dans ces textes, de l’esprit, de l’allant ! Tout n’est pas parfait, certes, mais on y trouve des points forts qui gomment les imperfections. Suivant les auteurs, on a du style, du rythme, de la maitrise narrative, des rebondissements, de la psychologie des personnages, des idées… Bref, le meilleur de la littérature nouvelliste de genre.

La maquette présente fort bien. Chaque nouvelle est illustrée par une photo souvent choisie avec pertinence.

L’éditeur demande de traiter un thème différent chaque mois. Pour le numéro 12 de mars 2014, il s’agissait de : « Confréries secrètes ».

Sur ce thème, j’ai écrit une nouvelle de Fantasy, La Pierre de Concentration. N’hésitez pas à me faire un retour en commentaire du blog.

Quant à moi, voici mon retour sur les textes qui m’ont le plus touché :

Les intra-terrestres, de Laurent Pendarias. Fantasy. Un mercenaire et son écuyer arrivent dans un village. Ils sont porteurs de terribles nouvelles : les intra-terrestres, ces monstres du sous-sol – là, sous nos pieds –, ils arrivent ! Les deux héros vont-ils défendre les villageois ? L’univers imaginaire est excellent. Il s’agit du Moyen-Âge en France, avec références à des lieux et rois historiques. Simplement, la magie existe au quotidien : on est dans la Fantasy. La nouvelle offre une belle chute, bien surprenante, avec en prime une réflexion classique mais pertinente sur la genèse des mythes.

Les autres, de Tiphaine Levillain. Science-Fiction. Les humains se sont exterminés, c’est dans leur nature violente et abjecte. Une race d’extra-terrestres les a aidés à se relever. Maintenant, vont-ils être reconnaissants ou continuer à se comporter en salopards d’humains, égoïstes et hégémoniques ? Kerr, le héros de cette nouvelle menée tambour battant est brinquebalé, choqué, terrorisé, désorienté. Se greffe là-dessus une romance, un grand dilemme et une chute vraiment réussie.

Les marionnettistes, de Catherine Loiseau. Fantastique. Elle est mal dans sa peau, en marge. Elle seule, les voit, ces êtres inquiétants à l’étrange pouvoir. Elle les surnomme les marionnettistes. Et les fuit comme la peste. Racontée à la première personne, cette nouvelle très bien écrite se distingue par l’attention portée à la psychologie du personnage principal. Celle-ci évolue avec les péripéties. Les monologues intérieurs sonnent juste. Un texte tout à fait remarquable.

O.R.B., de Jean Bury. Fantastique. Des résistants résistent. Pas aux nazis, mais à des néonazis extra-terrestres. En fait, c’est un roman, mais les personnages arrivent à alpaguer l’auteur. Le thème de l’artiste qui rencontre sa création n’est pas nouveau. Oui mais quel thème est nouveau aujourd’hui ? Il est traité de belle façon, voilà ce qui importe. Le texte est servi par une verve stylistique remarquable. Les dialogues claquent. L’humour déjanté est omniprésent. Les références culturelles abondent. Bref, un bijou !

J’étais tellement enchanté par ce magazine que, moi qui ne lis jamais de poésie, hop, sur ma lancée, j’ai dévoré aussi cette section. Étant hermétique au genre, je me garderai d’analyser les poèmes présentés. En tout cas, j’ai apprécié l’humour de Julien Noël et la liste à la Prévert de Cyril Amourette, laquelle dégage une atmosphère particulière.

Voilà, j’espère vous avoir donné envie de télécharger cette revue numérique gratuite si enivrante, de la lire et de la partager, parce que vraiment, elle gagne à être connue.
 
 

mercredi 19 mars 2014

La revue numérique l’Ampoule numéro 11


L’Ampoule est une revue littéraire numérique gratuite et trimestrielle téléchargeable au format PDF sur le site des éditions de l’Abat-Jour.

Le thème du numéro 11 est : Révolte & Insurrection.

De mon point de vue forcément subjectif, la qualité des nouvelles proposées est très inégale. Trois d’entre elles m’ont particulièrement plu.

Charybde et Scylla de Benoît Patris. Une nouvelle angoissante qui se déroule sur un paquebot prison. Est-ce un rêve ou la réalité ? On flirte avec le fantastique. Le récit est bien écrit grâce à un style efficace et alerte et à une narration maitrisée. Un sacré suspens tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin. Et même au-delà, puisqu’on peut télécharger la version longue de cette nouvelle sur le site de l’Abat-Jour. Ce récit me fait penser à la chanson Hotel California des Eagles. On peut voir cette nouvelle comme une allégorie de la vie où nous sommes tous prisonniers, et où on peut se demander quelle est la part de réalité dans tout ça.

Et si vous voulez vous délecter du chef-d’œuvre de Benoît Patris, téléchargez le précédent numéro de l’Ampoule, le 10. Attention les émotions avec Le Phénomène Doppelganger. Annoncé comme un article, il s’agit en fait d’une fiction, une nouvelle à la présentation tout à fait originale. Cette façon de compiler par ordre chronologique des copies de pages de sites internet est du meilleur effet et a dû demander beaucoup de travail à l’auteur. Elle renforce le réalisme de l’histoire. Sur le fond, l’intrigue (genre fantastique), la psychologie des personnages et surtout l’humour caustique – cette savoureuse critique sociétale à la fois féroce et subtile – dégagent un parfum d’authenticité rare. Il y a même quelques messages philosophiques. Un chef-d’œuvre, je le répète !

Rupture de contrat, de Stéphanie Braquehais. En voilà une nouvelle décapante ! Presque un conte philosophique noir. Emmené par un humour corrosif et une intrigue surréaliste, le récit transpire une critique sociétale fort réussie. Le thème est vital et tabou à la fois : comment mater l’instinct de reproduction chez ces mammifères particuliers, les humains.

Chaussure à son pied, de Fabrice Marzuolo. Noire de chez noir, cette nouvelle trash et déjantée pour adultes ne manque pas de punch. C’est une vraie réussite, servie par des trouvailles stylistiques intéressantes. Il se révolte grave, le narrateur ! Il ne suit pas la religion actuelle, l’humanisme. Au contraire, il la conchie cette humanité. Il souffre d’un deuil qui renforce son dégoût pour ses congénères. Ses pensées comme ses actes, tout est au vitriol. Ça pique, c’est bon…

Au milieu du magazine, en encart, on trouvera le chapitre 7 des Collines de Hurlefou, écrit par votre serviteur. Ne partez pas ! Il n’y a pas besoin d’avoir lu les précédents épisodes pour s’immerger aussitôt dans le récit. D’autant qu’un court résumé est fourni. De plus, en exclusivité pour les lecteurs de ce blog, voici la bible des personnages principaux :

Victor Morand : Barbu, il porte un fusil et un sac à dos rempli de papier hygiénique et d’un couteau suisse. Victor est courageux, individualiste, stupide, insensible, amoral, coléreux et obsédé sexuel. Il a un talon d’Achille (les fesses) et craint les substances urticantes.

Sam : Il est bon comme du bon pain. Il pardonne facilement. Le brave type, quoi…

Michel Albin : Grand (pointure 48) et gros (113 kg), crâne rasé et frappé de cécité. Il est homosexuel et aime se travestir en femme. Détective attitré du grand éditeur parisien Gaël Imart, concurrent de Franck Joannic, l’éditeur bordelais des Éditions de l’Abat-Jour. Michel est intelligent. Il a été l’amant de Paul Lugowski, son Popaul.

Paul Lugowski : Écrivain bisexuel érotomane dont le succès repose sur sa prose torride. Il constitue le plus grand succès commercial de ces dernières années, une sorte de Gérard de la Ville, comme lui à la fois méprisé et jalousé. Joannic voudrait bien le récupérer. De son côté, Imart refuse de perdre son gagne-pain et a envoyé Albin retrouver Lugowski. Seulement voilà, l’écrivain est aussi ingérable qu’un Jack-Alain Léger.

L’ouvrage principal de Lugowski est Aphorismes X.

Alexandra : Blonde pulpeuse quinquagénaire, elle a de beaux restes. Ex-égérie de feu Gérard de la Ville, elle est le détective de l’éditeur Plomb, concurrent de Gaël Imart et de l’Abat-Jour. Alexandra a un accent autrichien. Elle est intelligente et sans scrupules, mais possède plus de moralité que Victor.
 
 

vendredi 14 février 2014

Critique : Gil Jourdan l’intégrale, volume 1 par Maurice Tillieux (Bande dessinée)


Éditeur : Dupuis
Date de parution : fin des années cinquante
Genre : BD de détective humoristique 

Dans les années cinquante et soixante, l’école belge produisait les meilleurs BD du monde pour la jeunesse et aussi pour la vieillesse. Avant de sortir en album, les plus savoureuses d’entre elles étaient publiées en feuilleton dans les deux magazines vedettes de l’époque : Tintin et Spirou.

Chez Spirou officiait l’éditeur Charles Dupuis. Non seulement il était un dénicheur de talents sans pareille, mais en plus il s’immisçait dans les créations de ses poulains, souvent pour le meilleur. La grande vedette, c’était Franquin qui avait donné le nom à l’hebdomadaire. Aux côtés du père, il y a avait le fils et le sain esprit : Roba et Peyo. Et puis, pullulait une pépinière de talents dont Marc Tillieux fut le plus brillant représentant.

Marc Tillieux était un artiste complet : romancier, scénariste et dessinateur. Sa meilleure création est la série des Gil Jourdan, 15 albums de 1956 à 1973.

Gilbert Jourdan est un jeune détective privé bardé de diplômes, d’intelligence et d’agilité physique. Sa morale irréprochable et ses façons pince-sans-rince sont tintinesques. Un tel personnage seul serait ennuyeux : trop lisse ce gendre idéal, trop parfait, pas humain. Alors il s’entoure de deux faire-valoir. Libellule est un ancien cambrioleur repenti, l’âme damnée de Gil. Cerveau miniature (sauf nécessités de l’intrigue) mais attachant. Il fait des calembours dont lui seul rit. De toute façon, Jourdan ne rit jamais, ne boit jamais, ne fume pas, ne b… etc. L’inspecteur de police Crouton, c’est le bouffon par sa maladresse physique, mais par contre il assure intellectuellement. Bref, ce trio se complète. Leurs aventures mêlent rebondissements et humour.

Le dessin, il faut le dire, n’est pas le point fort de Tillieux. Il s’inspire du style Franquin sans parvenir à égaler le maitre. D’après ce qu’il raconte dans un interview, c’est Charles Dupuis qui lui a demandé ce style caricatural (les têtes des personnages sont disproportionnées par rapport au reste du corps comme chez Franquin) alors qu’il se sentait plus en phase avec le style réaliste d’Hergé.

La force de Tillieux, c’est le scénario. La psychologie des personnages. L’intrigue, bien sûr. Mais surtout les dialogues. Tillieux, c’est l’Audiard de la BD, le Lauzier pour la jeunesse. Les dialogues sont si cocasses et percutants qu’ils en deviennent irréalistes : on imagine mal le clampin de base avoir autant d’esprit. Tous les persos renvoient la balle chez Tillieux. C’est savoureux. Il possède aussi l’art de découper l’histoire en cases, le point fort d’Hergé.

Le volumineux tome 1 cartonné de l’intégrale propose les quatre premières aventures de Gil Jourdan : Libellule s’évade, Popaïne et vieux tableaux, La voiture immergée et Les cargos du crépuscule. En introduction, on a droit à une passionnante biographie de Tillieux, illustrations à l’appui, présentant sa vie artistique, donc, et aussi la genèse de Gil Jourdan.
 
 

samedi 4 janvier 2014

Romancier cherche relecteurs

" Détective à la dérive " était au départ un feuilleton :

http://www.editionsdelabatjour.com/pages/Detective_a_la_derive-8789562.html

C'est devenu un roman noir.

Je cherche des relecteurs.

Merci de laisser un commentaire si vous êtes intéressé.

mercredi 1 janvier 2014

Critique : Texas Cowboys (bande dessinée)


Une p'tite critique de BD de qualité (la BD, pas la critique) pour bien débuter l'année. Et la finir aussi, ce blog est en bout de course.
 
Sous-titre : The Best Wild West Stories Published
Scénariste : Lewis Trondheim
Dessinateur : Matthieu Bonhomme
Date de parution : 2012
Genre : Western
 

Son titre sonne comme un pulp américain. Son sous-titre transpire encore plus le vintage. Le style du dessin est au diapason, évoquant les bandes dessinées de la première moitié du XXe siècle. Et pourtant ! Texas Cow-boys possède tous les qualités qu’on est en droit d’attendre d’un art qui a tant progressé depuis un siècle.

Le dessin, vaguement naïf au premier abord, est en fait bien expressif, efficace et tout simplement esthétiquement formidable grâce notamment à une palette de couleurs digne d’une peinture. Les tronches des personnages sont saisissantes. On les garde en mémoire au fil du récit, ce qui renforce l’intrigue.

Alors l’intrigue, parlons-en parce que c’est vraiment le point de ce chef-d’œuvre. Trondheim fait preuve d’une maitrise narrative consommée. On suit les péripéties croisées de plusieurs personnages, avec parfois des flashbacks ou son contraire que nous appellerons flashforward. En général, ce type de construction d’histoire est casse-gueule : on a du mal à suivre, on est dans le flou pendant longtemps, il faut faire des efforts de mémoire. Mais pas avec Trondheim ! C’est fluide et passionnant ! Du punch et du suspense !

L’histoire ? Il y en a plusieurs. Parlons de la principale : un pied-tendre de l’Est débarque au Far-West, à Fort Worth. Il est chargé de faire un reportage, mais ce n’est pas son objectif. Il est venu pour retrouver le second mari de sa mère qui a plumé celle-ci, se marier et faire fortune.  Écoutons les conseils avisés d’un vieux cowboy du cru à qui il s’est confié :

— On peut pas v’nir dans l’Ouest pour la vengeance, la fortune et l’amour, ça fait trop. C’est n’importe quoi. Il faut choisir pour rester concentré. Qu’est-ce que tu veux le plus ? Le fric, niquer ou te venger ?

— Euh… Mettons l’argent. Je pourrai toujours acheter le reste après.

— Voilà un bon p’tit Américain.
 



dimanche 15 décembre 2013

Lordius publié dans la revue l’Ampoule


La revue trimestrielle numérique et littéraire l’Ampoule est publiée par les éditions de l’Abat-Jour.

Chaque numéro explore un thème différent. L’Ampoule numéro 10 s’intéresse à « Doubles & Miroirs ».

Au sommaire de ce périodique de 108 pages téléchargeable au format PDF et consultable sur Calaméo : articles et nouvelles, photographies et illustrations.

J’ai écrit le sixième épisode du feuilleton Les Collines de Hurlefou (il n’est pas nécessaire de lire les précédents épisodes, un résumé de quelques lignes plonge le lecteur dans l’intrigue). Les illustrations du feuilleton sont de Marray.

Bonne lecture !


vendredi 22 novembre 2013

Lordius gagne un concours de nouvelles


Il s’agit du concours de nouvelles baptisé « Écrire pour Châtel » 2013 organisé par la médiathèque de Châtelaillon-Plage cet été.

Le thème demandé était la conquête de l’Ouest.

Le premier paragraphe était imposé :

Saviez-vous que les arbres parlent ? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent pas ! Ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils n'écouteront pas non plus les autres voix de la nature.

Et enfin, le texte devait compter 1500 mots, à 10 % près. Curieusement, c’est cette troisième contrainte qui m’a donné le plus de mal.

Nous étions 54 participants.

J’ai écrit : Viandard !

lundi 11 novembre 2013

Critique : Bakuman (manga)


Nombre de volumes : 20
Scénariste : Tsugumi Ōba
Dessinateur : Takeshi Obata
Date de parution : 2008-2012 au Japon
Genre : Shônen et romance 

Mashiro possède un don pour le dessin. Il veut suivre la voie de son oncle qui fut mangaka. Takagi, le premier de la classe, écrit des scénarios. La passion du manga et l’ambition dévorante les rapprochent. Du haut de leurs 14 ans, ils décident de devenir des mangakas professionnels. Mieux, même ! De devenir les meilleurs. Et vite ! Avant 18 ans, parce que Mashiro a hâte de se marier. Or sa romantique dulcinée lui a interdit de l’approcher tant qu’il n’a pas percé. Alors, il est motivé à fond !

Ce manga, dont un anime a été tiré, a connu au Japon un immense succès, plus de quinze millions de copies vendues. Pourquoi ?

Pas grâce au dessin, à mon avis. J’ai calculé que le dessinateur a produit un tome tous les deux mois, soit cent planches par mois ! Même avec une armée d’assistants, le résultat ne peut être que médiocre, bâclé et stéréotypé.

L’intérêt vient de l’originalité du scénario. Un manga de type shônen s’adresse aux garçons, enfants et adolescents. Or Bakuman comporte aussi un thème romance apte à séduire les jeunes filles (manga de type shôjo).

On y trouve certains stéréotypes du genre nekketsu : jeunesse du héros, rêve idéaliste, pureté, exaltation extrême. Par contre, l’univers n’est pas l’habituel fantastique manichéen affublé de monstres à combattre. L’histoire se passe dans le Japon quotidien, sans violence ni action physique. Ainsi les jeunes lecteurs peuvent s’identifier à ces deux héros ou à leur fiancée respective.

Qui n’a pas rêvé de percer comme artiste ? Devenir dessinateur ou scénariste ? Mangaka, la classe ! Ce manga du manga permet de s’instruire en se divertissant. Même si l’histoire est fictive, elle nous éclaire sur le monde professionnel des mangakas. Elle propose surtout à partir du tome 2, des pistes de réflexion sur l’art de raconter une histoire et sur le ciblage d’un public.

En outre, il est naturel que le jeune lecteur identifie les deux héros aux deux auteurs. L’impression d’autobiographie renforce habilement la crédibilité de l’histoire qui en a souvent bien besoin... Mais quoi ! Il faut bien transcender la basse réalité, et Ōba y parvient à merveille.

À noter que Ōba est un pseudo : le scénariste cache habilement sa vraie identité, on ne sait même pas si c’est un homme ou une femme. Je dirais plutôt une femme. L’anonymat ne doit pas simplifier la promotion, mais bon…
 
 


 

vendredi 1 novembre 2013

Critique : Les souliers rouges de la duchesse, un roman de Jack-Alain Léger


Un homme se meurt du sida. Il écrit son témoignage et confie le manuscrit à son ami, un écrivain réputé qui est le narrateur. En quelques jours, les médias en font une vedette. Dans le ciel de Paris, les vautours mercantiles commencent à tourner.

Comme l’écrit à juste titre Wikipédia, « L’auteur dresse la caricature de la célébrité éphémère d’un écrivain atteint du sida : éditeurs peu scrupuleux, parents intéressés par l’héritage, amis qui font rapidement le deuil du disparu. »

Mais ce qui est passionnant dans Les souliers rouges de la duchesse, paru en 1992, c’est cette plongée dans l’univers de l’écriture et des grands éditeurs parisiens. Comme ils sont décrits sans concession, l’auteur les a drapés de pseudonymes. Muche me fait penser à Gallimuche, Gallimard, Antoine Gallimard qui a édité Jack-Alain Léger. Au passage, on apprend que dans les années 80, le service de presse d’un grand éditeur parisien envoyait aux médias pas moins de 400 exemplaires gratuits d’un roman à paraitre. Ça, c’est de l’investissement !

Jack-Alain Léger possède un style virtuose, tout en finesse. Pas d’effets, d’acrobaties ou de fioritures, mais l’art de rendre vivants une scène ou un personnage en quelques mots. La classe !

Le roman parait tellement réaliste, vivant, sincère qu’il donne l’impression qu’il s’agit de mémoires et non d’une fiction. Voilà l’art de l’écrivain : faire passer une fiction pour de la réalité. Léger atteint le sommet de l’émotion et de la sincérité quand il décrit et analyse l’émission littéraire de l’époque, Apostrophes. En tant qu’écrivain, il y a lui-même participé.

Le roman fourmille d’idées et de pistes de réflexion sur notre société qui le dégoûte pas mal. Exemple : la fiction est plus vraie que la réalité car ce que les médias nous présentent n’est pas la vraie vie, mais un spectacle, « une manipulation médiatique, une reconstitution télévisée peuplée d’éléments statistiques. Voilà notre monde ! Et ne nous reste plus à peu près que l’invention romanesque pour pouvoir rétablir un semblant de vérité ».

Je me souviens de l’interview d’un grand éditeur parisien dans le magazine Muze. Il mettait au défi de citer le nom d’un écrivain francophone contemporain qui allait rester. Eh bien, j’en connais au moins deux : Serge Brussolo en littérature de genre, et Jack-Alain Léger en littérature générale.
 



mardi 22 octobre 2013

Appel à souscriptions !


Les éditeurs émettent des appels à textes. Moi, en tant qu’auteur, je me permets de lancer un appel à souscriptions.

Mon roman Glace Grise, un thriller espionnage, va paraitre aux éditions Terriciaë d’ici la fin de l’année. Toutefois, l’éditeur est une petite structure de bénévoles et demande 25 souscriptions au préalable. Je précise qu’il s’agit d’un vrai éditeur et que le roman sera disponible en librairie (contrairement aux services d’impression à la demande d’Édilivre par exemple).

Mais de quoi ça parle ? Voici le texte de la quatrième de couverture :

« Un homme se réveille dans un hôpital, amnésique. Aidé par une mystérieuse infirmière, il parvient à tromper la surveillance dont il fait l’objet. Seul en plein Paris, les questions se bousculent dans sa tête. Qui est-il ? Qui sont ces hommes étranges lancés à ses trousses ? Quel secret se cache dans les méandres de sa mémoire défaillante ? Alors qu’une course-poursuite s’engage, il lui faudra lutter pour sa survie et reconstituer ses souvenirs en lambeaux.
Avec le concours de personnages variés et ambigus, il part à la recherche de son propre passé. De détails retrouvés en révélations éprouvantes, sa quête le mènera dans un pays ravagé par trente années de guerre où règnent pauvreté, corruption et trafics en tous genres, également fascinante terre d’aventures et d’exotisme.
Glace Grise est un surprenant thriller géopolitique mêlant action, rebondissements et voyage initiatique, qui aborde de manière crue et réaliste la politique étrangère de l’Occident. »
 

Nous en sommes à 15 souscriptions. N’étant pas d’un naturel sociable, j’avoue peiner pour atteindre le quota.

Le chèque n’est encaissé qu’à l’expédition du roman et les frais de port sont offerts. Je peux d’ores et déjà rassurer le futur souscripteur en affirmant que le roman sera édité, parce que j’achèterai le complément pour monter à 25 et je revendrai à prix coûtant ces exemplaires dans des salons du livre.

Alors n’hésitez plus ! Voici le bon de souscription à télécharger.
 

 

jeudi 17 octobre 2013

Critique : La Princesse Noire, de Serge Brussolo


Éditeur : Le Livre de Poche
Date de parution : 2004
Genre : Thriller médiéval 

L’action se passe en Scandinavie au temps des Vikings et de l’essor du christianisme dans cette région.

Le personnage principal est une jeune fille de seize ans. Comme beaucoup d’héroïnes de fiction moderne, elle a un tempérament très masculin, comme un homme sans la force physique. Orfèvre dans la boutique de sa mère, elle s’ennuie et rêve d’aventure. Son vœu est exaucé : elle est capturée par des Vikings et vendue comme esclave. Une mystérieuse princesse noire l’achète, direction son château sur une île rustique.

Là, notre héroïne doit s’occuper d’enfants infirmes que la châtelaine recueille. Elle se rend compte que les enfants sont négligés et qu’en plus, il y en a d’autres, aveugles, dans les souterrains sous le château. Dans la lande, un monstre ailé sème la terreur. Enfin, les villageois colportent sur la princesse noire les pires rumeurs. Sans se frapper, notre héroïne aux nerfs d’acier va démêler l’écheveau des mensonges, des superstitions et des bassesses de chacun.

Comme dans tout bon thriller, Brussolo multiplie les fausses pistes. La figure de style principale du thriller est respectée : chacun n’est pas celui qu’on croit.

Le style de l’auteur est vivant et sans fioriture. Pas brillant, certes, mais efficace et précis.

L’ambiance est oppressante, la peur et la superstition (donc la religion) règnent. Ce n’est pas la première fois que Brussolo met de façon lucide en scène la fondation de légende, mythe et finalement, l’invention de dieux par un groupe d’humains ignorants et écrasés par l’angoisse (cf. Shag l’idiot).

Même s’il met en évidence la bassesse de l’âme humaine, préférant réalisme à humanisme, Brussolo a le grand mérite d’éviter tout manichéisme. Chaque personnage, aussi maléfique qu’il paraisse, a de bonnes raisons d’agir comme il le fait. À part le personnage principal trop masculin et trop robuste nerveusement, voire trop malin, la psychologie des autres personnages tient vraiment la route.

Serge Brussolo, le maître français de la littérature de genre, signe une nouvelle fois une œuvre originale et marquante.
 
 


 

mercredi 9 octobre 2013

Les Éditions de l’Abat-Jour publient un feuilleton noir de Lordius !


Les Éditions de l’Abat-Jour sont un éditeur numérique dynamique. Au menu : des nouvelles en ligne (téléchargeables au format pdf), des livres numériques, un magazine littéraire trimestriel baptisé l’Ampoule, et des feuilletons littéraires hebdomadaires.

Détective à la dérive propose chaque lundi un épisode des enquêtes frappées d’Axtone Latuile, un détective privé alcoolo-dépendant, fauché et nihiliste.

Un grand merci au dessinateur Marray qui a réalisé l’illustration-couverture du feuilleton :
 

mercredi 2 octobre 2013

Critique : Le client (bande dessinée)


Scénariste : Zidrou (auteur de l’élève Ducobu)
Dessinateur : Man
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 2013
Genre : Thriller romantique et sordide à la fois 

Quelque part dans un coin d’Espagne interlope, un homme fréquente un bar à putes. Il tombe amoureux de l’une d’elles. Elle aussi, semble-t-il. Il veut la sortir de là, mais l’organisation veille. Alors cet homme amoureux enlève la fille du chef de l’organisation.

On s’identifie facilement au personnage principal. Il n’est ni beau ni doué pour l’action contrairement à la coutume. Il est petit, binoclard, étriqué d’épaules et gras du bide. C’est monsieur tout-le-monde. Sincérité, émotion et authenticité baignent cette fiction : on s’y croirait.

Il n’est pas le modèle courageux. Pourtant, pour sauver sa dulcinée, il est prêt à charger les moulins de la pègre. La passion amoureuse qui fait prendre tous les risques, voilà un thème délicieusement romantique.

Concernant le dessin, la mise en scène, l’expressivité des personnages, les couleurs : tout est réussi. J’apprécie particulièrement les dominantes de couleurs par scène et souvent par planche qui donnent au récit une sorte de rythme poétique visuel comme dans Les sentinelles. Les flashbacks sont indiqués par des bordures de case noires, le présent est classiquement en blanc, autre initiative heureuse.

Le dessin livre un maximum d’information et d’expressivité par case, une densité qui illustre « un dessin vaut mille mots ». Les scènes, même brèves sont donc très suggestives. La maîtrise narrative et picturale des deux auteurs est tout simplement remarquable. Avec eux, le roman graphique est un art majeur. Le meilleur de la BD européenne, rien de moins.
 
 




 

mardi 24 septembre 2013

Gatsby le magnifique de Scott Fitzgerald (le roman)


L’encyclopædia universalis présente bien ce roman mythique :

« Publié en 1925, Gatsby le Magnifique est le troisième roman et l'œuvre la plus célèbre de l'écrivain américain Francis Scott Fitzgerald (1896-1940). Accueillie en son temps avec peu d'enthousiasme par le public et la critique, cette chronique désenchantée n'allait pourtant pas tarder à devenir l'œuvre phare de toute une génération, la « génération perdue » des rugissantes années 1920 (« roaring twenties »), celle des jeunes gens qui cherchaient à noyer leur désespoir né de la guerre dans le jazz et l'alcool de contrebande. »

Les années rugissantes aux États-Unis correspondent aux années folles en Europe. Admettons qu’une génération se soit reconnue dans ce roman, cela n’explique pas son succès ultérieur jusqu’à nos jours. Alors d’où vient-il, ce succès ? Pourquoi Gatsby nous touche-t-il ?

Le romantisme, pardi ! Le thème le plus classique et le plus porteur des romans. Car Gatsby, par ailleurs un escroc engendré par la prohibition (à chaque fois qu’on interdit une substance psychoactive, on favorise le crime, organisé ou non) ne vit et meurt que pour une femme. Pendant cinq ans, il monte un stratagème habile mais incroyablement lourd pour la retrouver de manière la plus convenable possible, lui qui est loin d’être convenable comme on l’apprend progressivement. Bref, il ne vit que pour elle. Or, qu’a-t-elle de particulier ? Rien à part une plastique agréable. Elle n’a pas l’esprit brillant, elle ne sait pas conduire une voiture (une incapacité lourde de conséquences dans l’intrigue tragique) et surtout elle ne l’attend pas pendant la guerre malgré leur idylle parfaite juste avant son départ au front. Elle se marie sans vergogne à un autre. Bref une jolie cruche salope comme il y en a tant…

Mais voilà ! Lui est dans son rêve. Certains ont parlé de rêve américain. Plus largement, je dirais rêve humain, utopie : les Hommes raffolent de ces constructions idéalistes complètement détachées de la réalité : Dieu, le communisme, l’humanisme et… l’amour romantique.

Une fois accoutumé au style soutenu (des passés simples dans les dialogues, par exemple) et malgré le prisme de la traduction qui mériterait un dépoussiérage, on est charmé par l’humour sarcastique et subtil qui transparait dans de nombreuses scènes du roman. Gatsby n’est pas seulement une tragédie romantique émouvante, c’est aussi une satire sociale d’autant plus féroce qu’elle est fine. Jamais ou presque de caricature. Des piques fines donc aiguës qui banderillent habilement le genre humain.

On appréciera aussi l’absence de manichéisme : tous les personnages ont des points de vue défendables. Ainsi le mari de la femme que convoite Gatsby, sous des dehors grossiers au début, se révèle sincère et rationnel autant qu’un des personnages du roman peut l’être. Car si on y réfléchit, ils sont tous abjects et sans moralité… Fitzgerald n’était pas un humaniste mais un réaliste, un très grand romancier maitre de son art.

En conclusion, Gatsby le magnifique est un roman de chevalerie moderne et dépravée. Le personnage principal est obsédé par l’idée de faire revivre le passé, une forme d’immortalité peut-être. La dernière phrase du roman en témoigne :

Car c'est ainsi que nous allons, barques luttant contre un courant qui nous ramène sans cesse vers le passé.

Cette phrase a été gravée dans la pierre de la tombe de Francis Scott Fitzgerald. N’est-ce pas romantique ?

L’œuvre est tombée – non, hissée – dans le domaine public. Donc téléchargeable gratuitement et légalement.





mercredi 18 septembre 2013

Critique : La Patrouille du Temps par Poul Anderson


Injustement peu connu en France, Poul Anderson fait partie des grands maîtres américains de la science-fiction du XXe siècle. Son abondante bibliographie s’est couverte d’honneurs et de nombreux prix littéraires (Nebula, Hugo et tant d’autres).

La Patrouille du Temps, parue initialement dans The Magazine of Fantasy & Science Fiction en 1955, est sûrement la série la plus connue de Poul Anderson.

Dans le futur lointain, l’Homme a inventé le voyage dans le temps. Seulement voilà, cette invention merveilleuse en théorie est en pratique une source terrible de tracas. En effet, certaines personnes sont tentées de changer le cours de l’Histoire, anéantissant du coup l’humanité telle que nous la connaissons. Aussi la mission de la Patrouille du Temps est de veiller à ce que personne n’altère l’Histoire, une tâche dangereuse, grandiose, démesurée et bourrée d’aventures uchroniques.

Avec une grande habileté, Poul Anderson réussit à justifier autant qu’il est possible cette construction de l’esprit humain qu’est le voyage dans le temps, remplie de paradoxes insurmontables en pratique. Mais pas pour Poul, le magicien de l’assemblage des mots ! Ainsi il introduit des lois de causalité et de conservation associées au principe de discontinuité : si un agent de la Patrouille du temps tuait ses parents, il continuerait cependant d'exister. De plus, le cours de l’histoire ne se déforme pas aisément : il est élastique. Ainsi si vous tuez un lointain ancêtre d’un homme célèbre, il existera quand même car il est le fruit d’une multitude de gènes. Par contre, si vous tuez Scipion, le seul général romain valable de l’époque, alors Hannibal triomphe, Rome tombe, et la civilisation celte triomphe (même si les Carthaginois étaient des Phéniciens donc des Sémites, mais bref, l’histoire du monde est chamboulée). Et c’est dans ces cas dramatiques là que la Patrouille du Temps doit intervenir.

 La maîtrise narrative de l’auteur est remarquable. Comme le récit est destiné à paraître par épisode dans un magazine, Poul Anderson arrive à rappeler au lecteur l’essentiel du contexte en quelques phrases habiles disséminées au début de chaque épisode. Ses connaissances historiques et surtout l’efficacité de son écriture tiennent du prodige : il est capable de brosser des tableaux historiques convaincants, que ce soit l’ambiance d’une ville du temps de l’empire perse, ou bien une bataille entre Rome et Carthage.

Le thème sous-jacent des épisodes est souvent l’amour romantique. Non sans humour, il met ses personnages masculins dans des situations inextricables et devant des contradictions à la fois pitoyables et réalistes, pour les beaux yeux d’une femme.

Cette plongée dans le passé de l’humanité, outre les connaissances historiques, apporte des réflexions d’une profondeur insoupçonnée. La Patrouille du Temps est bien plus qu’une œuvre de science-fiction : elle aborde les genres de la romance, du roman historique, de la (contre) uchronie et même, oui, même du conte philosophique.
 
 
 

jeudi 12 septembre 2013

Pastiches de Haïkus par Lordius


Le Haïku est un petit poème japonais extrêmement bref visant à dire l'évanescence des choses, selon la belle définition de Wikipédia. Il se compose de trois vers. Le thème est la nature et les saisons.

Alors voici quelques Haïkus de Lordius sur le thème du printemps.

 
La biche gracile gambade,

Sa course exprime la joie,

Le sourire du chasseur aussi.

 

La neige a fondu,

La glace est brisée,

Promesse d’amour.

 

Les bourgeons bourgeonnent,

Les jours s’allongent,

Ma tronche aussi.

 

L’herbe pousse,

La feuille verdit,

Je suis vert devant la feuille d’impôt.

 

La feuille verdit et pousse,

Je pousse un cri,

La feuille d’impôt me vire au vert.

 

Le temps se dégèle,

Les cœurs itou,

Vive l’antigel du bistro.

 

Ô mon âme sœur, que je t’aime,

Vois l’hiver fuir, ne l’imite point,

Ou alors présente-moi ta sœur.

 

La sève monte,

Les bêtes se montent,

Je monte me coucher seul.
 
 
 

mardi 3 septembre 2013

Critique : Morgan (Bande dessinée) de Segura et Ortiz


Titre : Morgan
Sous-titre : T.1 : Repose en paix
Scénariste : Antonio Segura
Dessinateur : José Ortiz
Éditeur : Soleil Productions
Date de parution : 1989-1993
Genre : roman graphique noir d’encre 

Le brillant commissaire quinquagénaire est en bout de course. Il a une balle logée près du cœur. Sa femme l’a quitté parce qu’il ne peut plus prendre le risque de faire l’amour : son palpitant pourrait lâcher. Il lui reste sa fille. Mais voilà, un gang l’assassine. Alors il se fâche vraiment, notre fort de l’ordre. Lui qui a été réglo toute sa vie, qui n’a même pas cherché à se faire justice quand un malfrat lui a logé une bastos calibre 45 dans le poitrail, cette fois il fait un carnage. Il n’hésite pas notamment, à tuer le frère innocent du malfrat pour descendre celui-ci à l’enterrement. Ce garçon n’a plus de cœur… On est dans l’archétype du genre noir. Il n’y a d’espoir pour personne. Souffrance, ennui ou mort brutale, voilà le programme.

On retrouve le thème classique de la vengeance qui libère et assouvit, quel qu’en soit le prix. Et le prix est lourd. Condamné à perpète. Un flic au milieu des taulards, ça va être sa fête. Mais lui n’a plus rien à perdre, même pas la vie, ce mort en sursis. C’est ce qui le rend si dur de dur.

L’histoire est habilement découpée en épisodes autonomes. Comme un recueil de nouvelles graphiques, une série dont le fil conducteur est le pénitencier. Comme souvent pour aboutir à un chef-d’œuvre, on a sous les yeux le fruit d’une magnifique synergie entre le dessinateur et le scénariste : histoire et dialogues scotchants, dessin énergique et chargé d’émotions et d’atmosphère. Glauque, effroyable, cette atmosphère, mais prenante. Elle nous aspire dans un tourbillon de haine, violence, enfer carcéral, mais aussi solidarité, amitié et loyauté.

Comme toute œuvre noire, Morgan ne se laisse approcher que par les lecteurs avertis.
 
 


 

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jeudi 22 août 2013

Fatale par J.P Manchette, le prince du néo-polar à la française


Date de parution : 1977 chez Gallimard
Genre : Néo-polar

Fatale, comme Le petit Bleu de la Côte Ouest, est un classique du genre, d’un auteur lui-même porte-drapeau de la vague néo-polar française des années 70.

Comme d’habitude, le style de Manchette déroute au début. Il faut quelques chapitres pour s’y habituer. Répétitions, libertés syntaxiques, descriptions méticuleuses des vêtements portés par les personnages, énumération des objets qui composent le décor…

L’auteur prend un soin particulier à décrire les moindres gestes des personnages. Pour lui, la banalité du quotidien permet d’ancrer le récit, de donner de la présence et de la sincérité à l’histoire. Son style contribue en tout cas à la profondeur psychologique des personnages.

L’intrigue n’est pas plus réaliste que celle des autres romans de Manchette. Comme d’habitude, c’est l’histoire d’un tueur. Une femme jeune, jolie, à la fois fluette comme on n’en fait plus au XXIe siècle (45 kg pour 1m61, Manchette raffole des précisions parfois oiseuses, souvent percutantes) mais capable de tuer à main nue plusieurs hommes en quelques minutes, après avoir découvert le délice de donner la mort, décide d’en faire son métier. Alors elle fraie avec les notables d’une petite ville de province. Coup de chance, ils sont tous pourris jusqu’à la moelle. Tous ! Alors ça va être un carnage, sauf si elle s’attendrit ou qu’elle disjoncte, car la petite maigrichonne super costaude dans son corps possède une faiblesse : elle est folle.

On retrouve les ingrédients et les thèmes qui font le succès des romans noirs bien glauques. Et ce qui est bien avec Manchette, c’est qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer. Ses romans sont très courts. 150 pages pour Fatale, en édition de poche.
 



 

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mercredi 14 août 2013

LES NON-HANDICAPÉS de Pierre DESPROGES


Chroniques de la haine ordinaire, diffusé sur France Inter le 24 avril 1986

J’ai pris le plus grand soin à retranscrire verbatim le texte à partir de l’enregistrement audio. La typographie et la ponctuation sont donc de moi. Merci de me signaler les erreurs éventuelles.

 
Mes chers amis,

C’est avant tout en tant que président de l’Association des non-handicapés de France que je m’adresse à vous ce soir. C’est vers vous, les non-vieux, les non-jeunes, les non-chômeurs, les non-femmes, les non-affamés, les non-immigrés, les non-homosexuels, les non-infirmes, les non-mongoliens, c’est vers vous que vont ce soir toutes mes pensées.

Nous formons mes chers amis, dans ce pays, une minorité, certes ! Mais cette minorité, comme les autres minorités, a le droit de se faire entendre et, pour cela, nous devons nous unir et montrer au monde que nous existons, avec nos différences, certes ! Mais ces différences, les autres doivent, au nom de la solidarité nationale, les reconnaître et les accepter.

Nous sommes des hommes comme les autres. Nous ne gênons personne en allant travailler tous les matins la tête haute sans canne blanche ni béquille. Si la nature nous pousse à avoir des rapports intimes avec des personnes du sexe opposé au nôtre, en quoi cette singularité dérange-t-elle le bourgeois ?

Nous devons dénoncer le racisme dont nous sommes de plus en plus souvent les victimes ! J’en parle en connaissance de cause. Pas plus tard qu’hier, mon fils, qui vient d’avoir sept ans, est rentré de l’école en larmes :

— Papa, m’a-t-il dit, qu’est-ce que c’est qu’un blanc ?

Je dois dire que je ne m’attendais pas à cette question si tôt. Oh, je savais bien qu’un jour ou l’autre nous devrions en passer par là. Mais pas si tôt. J’étais désemparé.

— Pourquoi me demandes-tu cela, mon garçon ? ai-je demandé en le prenant sur mes genoux pour le consoler.

— Ben à l’école, les autres se sont moqués de moi, ils m’ont montré du doigt en criant : « Ah le blanc, ah le blanc ! » C’est quoi, papa, un blanc ?

— Un blanc, c’est… c’est un homme comme un autre !

— Alors pourquoi les autres ils se moquent ?

— Ben ils ont tort ! Vois-tu, nous avons… nous avons nos coutumes, notre religion qui ne sont pas tout à fait les mêmes que les leurs. Nous portons des pantalons, nous mangeons avec des fourchettes, nous buvons du vin et, c’est vrai qu’il y a dans le vin comme un goût primitif qu’on ne retrouve pas dans l’eau ! Cela peut surprendre… Mais tu ne dois en aucun cas, mon enfant, en avoir honte. Nous sommes blancs, descendants des Gaulois et des Francs et alors ! Les raisons de nous en féliciter ne manquent pas : le franc est stable et jamais les Gaulois n’ont donné la gale aux Romaines ; nos Charolais sont laids, mais nos Bordelaises sont girondes ; l’Alsace nous a donné ses Ballons, Sophia nous a donné la Lorraine ; nos ancêtres du Berry nous ont donné le béret et nos ancêtres basques, les baskets… L’art blanc, mon enfant… l’art blanc existe autant que le lard fumé ! La Joconde, Versailles, le Cid, le jeu des mille francs, c’est nous ! La bombe H et le Mistral gagnant, c’est nous ! Austerlitz, c’est nous ! Auschwitz, c’est loin… Mon enfant, nous sommes blancs et nous devons assumer notre blanchitude !

— Mais pourquoi on est blancs, papa ?

— C’est naturel… C’est Dieu qui l’a voulu ainsi ! D’ailleurs, l’été nous ne sommes plus très blancs, il nous suffit d’aller au soleil et de ne plus bouger, c’est chiant, mais ça banalise !

— Oui papa, mais eux ils ont du pot, ils ont même pas besoin d’aller au soleil.

— Oui, mais ça c’est un autre problème, c’est parce qu’ils n’ont pas les moyens, ils gaspillent tout leur argent en nourriture… Vois-tu mon chéri, nous ne sommes pas tellement à plaindre !

J’ai réussi à consoler cet enfant… mais pour combien de temps ? Combien de temps encore devrons-nous subir les humiliations des minorités handicapées de ce pays ?

L’affaire Jean Dupont a certes, secoué les torpeurs et ému les esprits. Mais il aura fallu ce drame pour que le gouvernement vote enfin le décret de reconnaissance publique de l’Association des non-handicapés de France.

Les faits sont connus de tous, mais nous les répèterons une fois de plus à l’intention du grand rabbin nègre non-comprenant, de l’Association pour le racisme et contre l’antisémitisme qui a tenu à être des nôtres ce soir pour montrer à tous qu’à ses yeux, nous étions des Français à part entière.

Lors des derniers Jeux olympiques pour handicapés, la finale du quatre cents mètres haies mettait aux prises une équipe de trente chômeurs immigrés cancéreux non-voyants à la colonne vertébrale brisée à tout jamais, et un non-handicapé de quarante ans, Monsieur Jean Dupont, Auvergnat, hétérosexuel et cadre.

Ce dernier arriva le premier avec trente-neuf heures, douze minutes et six secondes d’avance sur le second. Par la suite, Jean Dupont devait reconnaître qu’il avait été distrait et qu’il était fatigué le jour de la compétition, c’est cette distraction qui lui avait fait oublier qu’en pareil cas, le non-handicapé doit attendre les handicapés. De même qu’à l’école, les surdoués doivent attendre que les tri-chromosomiques aient compris « un et un égalent deux », avant de passer le mois suivant à « deux et un égalent trois ».

Mais cela n’excuse en rien que de retour aux vestiaires, les chômeurs immigrés cancéreux non-voyants à la colonne vertébrale brisée à tout jamais aient roué le malheureux de coups de canne blanche avant de lui rouler sur le corps jusqu’à ce que mort s’ensuive en chantant la chanson pour l’Éthiopie.

N’ayons pas peur des mots mes amis : c’est une attitude qui est contraire à l’esprit de la Déclaration des Droits de l’Homme. Jean-Marie Le Pen ne me contredira pas sur ce point. Et c’est bien ce qui m’emmerde !