vendredi 4 novembre 2011

Critique littéraire : Le Waldgänger de J. Balek

Titre : Le Waldgänger – Épisode 1
            Auteur : Jeff Balek
            Genre : Roman-feuilleton Fantastique (avec une dose de thriller)
            Éditeur : Numeriklivres
            Format : ebook
            Prix : Épisode 1 : gratuit – Épisode 2 : 0.99 €

            E-lu sur Amazon Kindle 3 dans le cadre du Club des Lecteurs Numériques.

            Avant, tout allait bien. Il était tueur professionnel. Mais légal. Autrement dit, soldat de métier. Un jour, en combat, tandis qu’il shootait l’ennemi, il s’est fait shooté la jambe. Alors, adieu les shoots à l’adrénaline ! L’armée n’a que faire des infirmes. Il s’est reconverti dans le civil. Mais suite à un mystérieux et grave accident, il s’est retrouvé à l’hosto, défiguré.
            C’est là qu’il a commencé à se poser des questions. Pourquoi guérissait-il si vite ? Pourquoi ne boitait-il plus ? D’où venait l’accroissement de sa force ? Et puis aussi, il n’arrivait pas à comprendre pourquoi tous ses sens étaient devenus super-aiguisés. Y compris le 6ème. Il arrivait à capter les émotions. C’était pratique mais flippant…
            On rejoint le thème classique mais intéressant des super-héros qui se retrouvent un beau jour avec des super-pouvoirs qu’il leur faut apprendre à maîtriser. Et dans le cas du Waldgänger, l’apprentissage est semé d’embûches sanglantes…
            Le thème est classique donc, mais c’est le cas de la plupart des thèmes. Ce qui compte, c’est la manière dont il est traité, et dans le cas de ce roman, c’est bien amené, bien développé et bien prenant.
            Le style est vivant et alerte. Le rythme est haletant sans être éreintant. J’apprécie le découpage en chapitres courts. En un mot, l’histoire est captivante et c’est bien le plus important !
            Mais au fait, c’est quoi, un Waldgänger ? En allemand, c’est celui qui va dans les bois. Durant le Moyen-âge scandinave, c’était un ermite qui vivait dans les bois, refusant le contact avec l’humanité. La liberté périlleuse. Par extension, c’est un rebelle qui sort des sentiers battus. Par choix ou par nécessité ?

            À propos de choix ou nécessité, grâce à l’émergence du livre numérique (ebook), encore embryonnaire voire larvaire mais qu’on espère voir exploser grâce à Amazon en France, on assiste à l’édition d’une nouvelle race d’auteurs numériques offrant des écrits de qualité pour une bouchée de pain. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère ! Celle des rebelles de l’écriture, des Waldgänger numériques…


 

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mercredi 2 novembre 2011

Nouvelle courte : La genèse d’une star

            L’homme entra d’un pas décidé. Son regard balaya la pièce avec irritation. Où diable était ce petit crétin ? Il faillit laisser échapper un cri de surprise : le jeune était agenouillé dans un coin, les yeux clos, les mains jointes. Il marmonnait. L’homme donna un coup de talon sec sur le sol.
            — Que dites-vous, jeune homme ?
            — L’occident chrétien est mort, faute de croyants. De même, la guerre va s’arrêter faute de combattants.
            L’homme fronça les sourcils. Il décida d’opter pour la diplomatie. Dans un premier temps…
            — Cela ne vous empêche pas d’adorer Dieu, répondit-il d’une voix douce, si c’est votre conviction. Mais restez discret. Nos dirigeants sont athées.
            — Pire ! Ce sont d’infâmes païens ! Pourtant, ils inscrivent sur leur ceinturon « Dieu est avec nous ». Les sots ! Ils ne pourront jamais gagner la guerre sans l’aide du Seigneur…
            L’homme en uniforme se caresse le menton, pensif. Il va lui falloir biaiser pour convaincre ce freluquet dogmatique et fanatique.
            — Jamais ils n’y arriveront ! aboie l’adolescent, toujours à genoux dans son coin.
Il se met à ricaner nerveusement. Les bottes du soldat martèlent le sol. Leur propriétaire s’approche, tend sa main gantée et aide le dévot à se relever. Il vrille son regard dans celui de l’adolescent pour y déceler la conduite à tenir. Son poing gauche se crispe, comme pour maîtriser une forte émotion. Impatience, colère, frustration, envie de meurtre… Son âme est ravagée par les pulsions destructrices mais son beau visage d’ange aryen reste impassible. Il parvient même à esquisser un demi-sourire.
— En effet, mon jeune ami, elle est perdue. À moins d’un miracle. Il faudrait, comme vous dites, que Dieu nous vienne en aide.
— Jamais ! crache derechef le jeune homme. Jamais Il n’écoutera les infidèles que nous sommes… Notre peuple est proscrit ! Maudit ! Nous devons porter notre croix !
— Pour attirer l’attention du Seigneur, il faut un acte de foi ! Nous devons frapper fort !
— Prier fort, vous voulez dire, Herr Hauptmann ?
Le capitaine soupire et secoue la tête comme s’il avait affaire à un arriéré mental. C’est lui qui porte sa croix en ce moment… Il reprend d’une voix vibrante :
— À l’heure du péril ultime, quand notre patrie est menacée par l’hydre rouge, le Führer a besoin de tous ses soldats. Même les plus jeunes, même les plus… euh… même les plus mystiques !
— Je suis un soldat du Christ ! hurle le jeune homme. Je refuse d’être embrigadé dans les jeunesses hitlériennes !
Il faut vraiment que nous soyons acculés, songe le capitaine SS, pour tenter de mobiliser des abrutis pareils, des sous-hommes dégénérés qui mériteraient l’euthanasie libératrice. Cette engeance est embrigadée, pour reprendre sa rhétorique, par sa religion passéiste.
Il répond avec le plus de conviction possible :
— La pureté de la race et de la jeunesse des Hitler Jugend peut nous concilier les bonnes grâces du Seigneur et nous aider à négocier une paix séparée avec le Satan Communiste, le Diable Rouge.
— Ah ? C’est vrai que mon âme est pure. J’ai eu une vision récemment grâce à la pénitence et à une volonté de fer. Je crois que… je suis l’ange du Seigneur…
— Oui, oui, renchérit le capitaine en tapotant affectueusement l’épaule du garçon, votre vision est juste, vous commencez à comprendre le rôle que Dieu vous a concocté, dans son infinie grandeur. Tenez, un verre de schnaps. Il vous aidera à élever votre âme. C’est le sang du Christ.
Les deux protagonistes trinquent. Lequel trinquera, in fine ? se demande le capitaine en remplissant de nouveau les verres. Les deux Allemands restent silencieux plusieurs minutes. Le jeune respire bruyamment, ses yeux brillent. Sa mâchoire tremble légèrement.
L’officier ferme les yeux, comme s’il tentait de communier avec l’au-delà. Il essaie en fait de composer un visage exalté. C’est difficile quand le fou-rire guette. Pas maintenant, s’encourage-t-il en pensée. Rira bien qui rira le dernier. In fine
— Je peux vous faire sortir d’ici si vous acceptez d’effectuer le rituel salvateur.
— Rituel ? Zu Befehl ! À vos ordres, mon capitaine !
C’est un garçon qui a besoin de certains mots-clés appartenant à son univers obsessionnel, accompagnés d’une substance propre à le mettre en transe, se dit le capitaine. Un vrai SS ne doit pas se laisser aller à la pitié des faibles. Mais il est si jeune, si malléable encore, pourvu qu’on entre dans son délire de primitif.
— Très bien !  Sehr gut ! Vous prenez le chemin de la rédemption. Votre âme sera sauvée si vous acceptez de risquer votre corps !
Le garçon retombe à genoux. Sa mâchoire tremble de plus belle. Il se met à baver. Le capitaine ne peut s’empêcher une grimace de dégoût.
— Jésus a dit : celui qui perdra sa vie pour moi la gagnera dans l’au-delà ! Sauver mon âme, Ja ! Mon corps mortel et abject, je le sacrifie pour le Christ. Je suis son ange !
— Vous êtes son ange exterminateur ! rugit le capitaine. Celui qui a anéanti Sodome sous un bombardement de pierres ! Vous êtes le bras du Dieu vengeur tout-puissant ! Dieu est avec VOUS !
— Oui, Seigneur… Mon capitaine… Quel est le rituel à accomplir ? Ordonnez et j’obéirai…
— Il faut revenir aux sources, aux rituels bibliques anciens, du temps des Croyants Puissants.
— Oh oui, oui, mon capitaine ! Ach ! Retrouver la pureté et la puissance originelles !
— Sacrifices humains ! hurle le capitaine en levant les bras et les yeux au ciel.
Le garçon, toujours à genoux, glousse. Des larmes de joie ruissellent sur ses joues imberbes. Le capitaine écarquille les yeux : le jeune est en train de s’uriner dessus.
— Dieu vous ordonne d’immoler tous les ennemis soviétiques athées que vous trouverez sur votre glorieux passage. Leur âme est perdue, de toute façon.
Pas de réaction.
— C’est la volonté du Seigneur tout puissant ! rugit le capitaine en tapant du pied. Suis-je bien clair ?
Le jeune homme ne répond pas. Il pleure comme une madeleine. Il semble en transe. Finalement, il acquiesce de la tête.
Gut ! fait le capitaine. Je vous vous faire sortir de ce purgatoire, de cet hôpital psychiatrique. Un grand destin s’ouvre à vous, Herr Ratzinger !


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lundi 31 octobre 2011

Critique littéraire : Le joueur de Dostoïevski

E-Lu par Lordius sur Kindle 3 dans le cadre du Club des Lecteurs Numériques.
            Ebook du domaine public téléchargeable gratuitement sur :

Ce roman de Fédor Dostoïevski, écrivain russe connu surtout pour « Crime et châtiment » et « l’idiot » est paru en 1866. Contrastant par la taille sinon par le « poids » avec les deux pavés cités, le Joueur est un court roman qui se lit bien. Une qualité précieuse pour une œuvre du XIXème siècle, quand on songe à la lourdeur indigeste de « grands » auteurs comme Balzac, Flaubert Stendhal ou Marie Shelley (Frankenstein).
            Le roman possède deux thèmes principaux. L’addiction au jeu d’argent (la roulette), expérience de l’auteur. Mais aussi l’amour, l’amour romantique du XIXème siècle où les hommes tombaient facilement amoureux et ne semblaient pas dévorés outre mesure par le désir charnel. On peut regrouper ces deux thèmes : la passion, dévorante, dangereuse, destructrice.
            Au début, le narrateur ne souffre que d’une passion, mais qui le tourmente pas mal : il est très épris d’une jeune femme, qu’il semble pourtant peu connaître. L’amour est aveugle, dit-on et Dostoïevski l’illustre bien : la fille est inconstante, calculatrice, dissimulatrice et surtout folle. D’ailleurs ses nerfs lâchent, elle tombe malade.
            On se dit tant mieux pour le narrateur. Hélas ! Ne pouvant vivre sans obsession, il sombre dans la passion du jeu. Son besoin d’amour se métamorphose. Au diable le frustrant amour sentimental ! Fi de la mortifiante chasteté ! Il s’adonne aux joies du sexe avec une demi-mondaine qu’il entretient par ses gains au jeu.
            Dans la dernière partie, la plus sombre, le roman flirte avec le nihilisme. Le narrateur n’a que faire de l’argent qu’il gagne au jeu. Vite, il le dépense pour avoir une raison de jouer. Jouer pour rester libre (vivre sans travailler), jouer pour le frisson, le courage de « risquer sa vie ». Quand il ne joue pas, il s’ennuie. Quand il joue, il risque la prison pour dette. L’amour, l’argent ne l’intéressent plus. Reste le plaisir de gagner, de faire sauter la banque, de vaincre le hasard.


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samedi 29 octobre 2011

Lordius autopublie (et autopromeut) une nouvelle

En attendant le verdict des éditeurs concernant le manuscrit de mon second roman, je décide de faire profiter la communauté francophone de ma prose pour une bouchée de pain (enfin, le prix d’une baguette, quoi) :

Titre : Éthylisme
Sous-titre : Une aventure du professeur Pongus
Genre : Action & Aventure, avec un zeste de fantastique
Éditeur : KDP & Lordius
Format : livre numérique (ebook)
Prix : 0.99 €
Date de parution : octobre 2011


Voilà ce qui arrive quand on boit trop et qu'on décide d'aller sortir ses nanas de garde-à-vue... On se retrouve dehors avec un type louche sur les bras. Pire encore, on apprend que le père dudit gus bricole des trucs pas nets avec des animaux qui pensent (mais à quoi ?) ; au point qu'il a été mis au secret par le gouvernement et que des hommes en noir cherchent à le neutraliser. Dans quelle nasse sont-ils encore allés se fourrer ? Mais quand le vin est tiré, il faut le boire…

Disponible au format Kindle (sans DRM):



Et au format EPUB :

jeudi 27 octobre 2011

Les fables de Lordius : le conseil des ministres du roi Gringalus

            Un formidable coup de barre l’assaille. Impossible de garder les yeux ouverts. Le conseil des ministres est si rasoir… Assoupissement…
            Kharla lui apparaît en rêve. Kharla est sa guenon préférée. Enfin, non, son amour c’est Cilia. Mais elle l’a quittée. Avec une grimace, il se rappelle le texto qu’il lui a envoyé juste avant son remariage avec Kharla. Il était prêt à la reprendre. La bourde, ce texto ! Cilia n’a pas daigné répondre. Quant à Kharla… Quelle scène atroce elle lui a fait ! Il a la migraine rien que d’y penser…
            Kharla… Quelle magnifique femelle pour sa catégorie d’âge… Elle a encore le poil si luisant, sa fourrure de guenon chimpanzé est encore si soyeuse. Elle…
            — Vous m’écoutez, votre Majesté ?
            Gringalus ouvre les yeux. Un grand chimpanzé tiré à quatre épingles est assis en face de lui, entouré d’autres personnages. Ce Filou, il est brave singe mais ses discours sont si soporifiques…
            — Continuez votre exposé, Filou…
            — Je vous demandais quel était l’ordre du jour du conseil des ministres…
            Gringalus a convoqué un conseil impromptu en plein milieu des vacances d’été pourtant sacrées dans la Contrée Hexagonale. Il a pensé que les marchés financiers seraient rassurés que le gouvernement travaille à la réduction des déficits.
            — Il faut qu’on prépare une mesure sociale pour la rentrée. Augmenter les bourses étudiantes par exemple.
            — Mais, s’étonne le premier ministre, vous avez annoncé aux médias qu’on revenait de vacances pour travailler à la réduction de la dette…
            Gringalus soupire. Comme son puissant homologue Arnack Aubasmot, il a parfois l’impression d’être entouré de nigauds, ou plutôt de ministres honnêtes. C’est pire.
            — Déjà, il n’est pas question de réduire la dette. Il s’agit juste de diminuer un peu la vitesse de son accroissement de manière à retarder légèrement la faillite de la Contrée Hexagonale.
       — La faillite, Majesté ?                                           
            — Elle est inéluctable. D’autres territoires par le passé, sur d’autres continents en font fait la cruelle expérience. C’est à présent au tour de la Désunion des Républiques Bananées de goûter ce calice amer.
            — Taillons dans les dépenses inutiles ! s’écrie Filou en fusillant du regard à tour de rôle les ministres de la Guerre, de la Culture et des Sports.
            — À quoi bon ? Les dépenses sociales combinées à l’accroissement de la durée de vie du peuple chimpanzé sont hors de contrôle.
            — Le social est juste mais si on n’a plus les moyens, il faut se résoudre à…
            — Le peuple chimpanzé ne l’acceptera pas. L’utopie de la Contrée Providence l’obsède. Il croit que tout lui est dû. Nous n’avons pas d’autre choix que d’aller jusqu’à la banqueroute. Surtout si nous voulons nous faire réélire d’ici là…

À suivre.

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mercredi 26 octobre 2011

La grande aventure commence !

   Ça y est ! Je viens de publier ma première nouvelle sur Amazon Kindle Direct Publishing France !
   Oh, ce n'est pas la 1ère que j'écris, loin de là, mais c'est mon grand début dans l'autopublication, en attendant la réponse des éditeurs concernant mon manuscrit de roman actuellement entre leurs mains.
    Je ne peux pas encore vous donner le lien vers le petit bijou d'ebook (livre numérique) que je vous ai concocté car Amazon doit valider et mettre en ligne la bombe culturelle d'ici 2 ou 3 jours.
    Apprenez en exclusivité qu'il s'agit d'une histoire d'Action & Aventure (avec un zeste infime de fantastique) proposée pour une bouchée de pain.
    Je vais aussi la publier sur la plateforme Youscribe qui supporte le format EPUB, mais, comme disait Jésus, à chaque jour suffit sa peine !

lundi 24 octobre 2011

Roman marquant : Lolita de Nabokov

Paru en 1955, Lolita, de Vladimir Nabokov a connu le scandale, la censure puis un immense succès : plus de 50 millions d’exemplaires vendus en 50 ans (source). Sa notoriété est si forte qu’une Lolita désigne dans le langage courant une nymphette, une préadolescente délurée.

            Le sujet est d’une audace marquante : la pédophilie. La hardiesse sulfureuse a payé : le vent des critiques de moralité a attisé le brasier de la notoriété. Et pourtant, seuls des lecteurs primaires peuvent y voir un éloge de la pédophilie. Le narrateur et héros, Humbert Humbert, souffre de graves troubles psychiques. Avant de connaître (bibliquement) sa Lolita de 12 ans, il a été plusieurs fois interné : c’est un malade mental, déprimé et paranoïaque.

            Dans les années 50, le sujet est passé « à l’arrache ». Je suis persuadé qu’en 2011, il serait bloqué à la fois par le politiquement correct, père d’une pensée unique appauvrissante, et par la psychose de la pédophilie qui tourne parfois à la chasse aux sorcières.

            Un des thèmes du roman est l’ambivalence du double rôle de Humbert Humbert, à la fois père (adoptif) et amant (passionné). La tragédie devient touchante quand on s’aperçoit que sauf au début où elle se donne volontiers, Lolita n’éprouve pas d’amour pour son amant, elle ne fait que subir. D’autres femmes traversent la vie du narrateur, elles l’aiment sincèrement mais lui est obsédé par la « nymphescence », en pauvre malade qu’il est. Cette capacité à émouvoir est propre à l’œuvre d’art littéraire.

            Le style est flamboyant. Nabokov possède une richesse de vocabulaire époustouflante surtout quand on songe qu’il a écrit en anglais tandis que sa langue maternelle est le russe. De nos jours, son style apparaît si soutenu qu’il vire au précieux, mais peut-être faudrait-il dépoussiérer la traduction qui date d’un demi-siècle. Il y a quelques longueurs lors de digressions, inévitables dans une œuvre de 500 pages au format poche.

            Le récit ne manque pas d’humour corrosif. Le narrateur décrit au vitriol les personnages qu’il croise. Son œil est à la fois lucide et médisant. Voici comme il dépeint par exemple sa première femme :

« Bientôt, Humbert eut sur les bras une massive et bedonnante baba, avec une poitrine ballonnée, des jambes trop courtes et un cerveau quasi inexistant. »
Et lorsqu’il décrit le « corps » médical, avec lequel il n’est jamais tendre :
« Étranges créatures que ces infirmières fessues qui sont toujours si pressées et font si peu de choses. »

            Quel est le message ? La morale ? Nabokov répond : « (…) Lolita ne contient aucune leçon morale. À mes yeux, un roman n’existe que dans la mesure où il suscite en moi ce que j’appellerai crûment une volupté esthétique, à savoir un état d’esprit qui rejoint (…) d’autres états d’esprit dans lesquels l’art – c'est-à-dire la curiosité, la tendresse, la charité, l’extase – constitue la norme. De tels livres sont rares. Tous les autres ne sont que des fadaises de circonstance. » Fin de citation.


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