mercredi 22 mai 2013

Le stress de l’or, une nouvelle courte signée Lordius


La bijoutière s’apprêtait à fermer quand l’homme entra brusquement, essoufflé, le visage rouge. Il avait auparavant jeté un œil à gauche et droite comme pour s’assurer que personne ne le voyait entrer. La femme crut à une attaque. Tant de bijouteries se faisaient dévaliser depuis la flambée du cours de l’or. C’était bon pour les affaires, certes, mais la peur lui dévorait les entrailles et lui volait le sommeil. Sa vie valait plus que quelques bijoux.

— Bonsoir, prononça-t-elle d’un ton aussi assuré que possible.

Pour toute réponse, il la dévisagea, les yeux fous. Il portait un bonnet et des lunettes de soleil malgré la nuit. Dans la petite boutique, son odeur de sueur et de stress empestait. La vendeuse grimaça, anticipant l’arme à feu qu’il allait sortir dans un instant.

— Je veux une bague, lâcha-t-il. Une pierre semi-précieuse.

— Quelle pierre souhaitez-vous ? demanda-t-elle en se détendant un peu. Jade ? Œil de tigre ?

— Je sais pas. Pour une femme.

— Quelle couleur, alors ?

— Je sais pas. Dépêchons-nous !

Il tremblait. Vraiment pas un client ordinaire.

— Eh bien, quelle couleur porte-t-elle d’habitude ?

— Noir. Comme ses yeux. Comme son âme.

— Et quel type de vêtement met-elle ?

— Ben, jupes, pantalons, comme tout le monde, quoi !

— Mais quelle étoffe ?

— C’est pas bientôt fini, cet interrogatoire ? On se croirait chez les flics ! aboya l’homme en mettant la main dans sa poche.

La bijoutière soupira imperceptiblement et s’approcha du bouton d’alarme, l’air de réfléchir.

— Une obsidienne, peut-être ?

— Oui, oui…

Elle reprit le contrôle et sa respiration et lui montra les bagues en vitrine. Il souleva ses lunettes de soleil pour lire les prix et en désigna une.

— Permettez-moi une dernière question : c’est pour une occasion particulière ?

— Oui, oui… J’ai quelque chose à me faire pardonner.

Tandis qu’il remettait ses lunettes, elle aperçut des taches de sang sur la manche de la veste.

— Mon Dieu ! Vous l’avez battue ?

— Oh non ! Je l’aime trop. J’ai fait pire. Elle va être furieuse de mon échec : j’ai pas eu le courage de tuer son mari, il n’est que blessé.

 

 

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