dimanche 15 décembre 2013

Lordius publié dans la revue l’Ampoule


La revue trimestrielle numérique et littéraire l’Ampoule est publiée par les éditions de l’Abat-Jour.

Chaque numéro explore un thème différent. L’Ampoule numéro 10 s’intéresse à « Doubles & Miroirs ».

Au sommaire de ce périodique de 108 pages téléchargeable au format PDF et consultable sur Calaméo : articles et nouvelles, photographies et illustrations.

J’ai écrit le sixième épisode du feuilleton Les Collines de Hurlefou (il n’est pas nécessaire de lire les précédents épisodes, un résumé de quelques lignes plonge le lecteur dans l’intrigue). Les illustrations du feuilleton sont de Marray.

Bonne lecture !


vendredi 22 novembre 2013

Lordius gagne un concours de nouvelles


Il s’agit du concours de nouvelles baptisé « Écrire pour Châtel » 2013 organisé par la médiathèque de Châtelaillon-Plage cet été.

Le thème demandé était la conquête de l’Ouest.

Le premier paragraphe était imposé :

Saviez-vous que les arbres parlent ? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent pas ! Ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils n'écouteront pas non plus les autres voix de la nature.

Et enfin, le texte devait compter 1500 mots, à 10 % près. Curieusement, c’est cette troisième contrainte qui m’a donné le plus de mal.

Nous étions 54 participants.

J’ai écrit : Viandard !

lundi 11 novembre 2013

Critique : Bakuman (manga)


Nombre de volumes : 20
Scénariste : Tsugumi Ōba
Dessinateur : Takeshi Obata
Date de parution : 2008-2012 au Japon
Genre : Shônen et romance 

Mashiro possède un don pour le dessin. Il veut suivre la voie de son oncle qui fut mangaka. Takagi, le premier de la classe, écrit des scénarios. La passion du manga et l’ambition dévorante les rapprochent. Du haut de leurs 14 ans, ils décident de devenir des mangakas professionnels. Mieux, même ! De devenir les meilleurs. Et vite ! Avant 18 ans, parce que Mashiro a hâte de se marier. Or sa romantique dulcinée lui a interdit de l’approcher tant qu’il n’a pas percé. Alors, il est motivé à fond !

Ce manga, dont un anime a été tiré, a connu au Japon un immense succès, plus de quinze millions de copies vendues. Pourquoi ?

Pas grâce au dessin, à mon avis. J’ai calculé que le dessinateur a produit un tome tous les deux mois, soit cent planches par mois ! Même avec une armée d’assistants, le résultat ne peut être que médiocre, bâclé et stéréotypé.

L’intérêt vient de l’originalité du scénario. Un manga de type shônen s’adresse aux garçons, enfants et adolescents. Or Bakuman comporte aussi un thème romance apte à séduire les jeunes filles (manga de type shôjo).

On y trouve certains stéréotypes du genre nekketsu : jeunesse du héros, rêve idéaliste, pureté, exaltation extrême. Par contre, l’univers n’est pas l’habituel fantastique manichéen affublé de monstres à combattre. L’histoire se passe dans le Japon quotidien, sans violence ni action physique. Ainsi les jeunes lecteurs peuvent s’identifier à ces deux héros ou à leur fiancée respective.

Qui n’a pas rêvé de percer comme artiste ? Devenir dessinateur ou scénariste ? Mangaka, la classe ! Ce manga du manga permet de s’instruire en se divertissant. Même si l’histoire est fictive, elle nous éclaire sur le monde professionnel des mangakas. Elle propose surtout à partir du tome 2, des pistes de réflexion sur l’art de raconter une histoire et sur le ciblage d’un public.

En outre, il est naturel que le jeune lecteur identifie les deux héros aux deux auteurs. L’impression d’autobiographie renforce habilement la crédibilité de l’histoire qui en a souvent bien besoin... Mais quoi ! Il faut bien transcender la basse réalité, et Ōba y parvient à merveille.

À noter que Ōba est un pseudo : le scénariste cache habilement sa vraie identité, on ne sait même pas si c’est un homme ou une femme. Je dirais plutôt une femme. L’anonymat ne doit pas simplifier la promotion, mais bon…
 
 


 

vendredi 1 novembre 2013

Critique : Les souliers rouges de la duchesse, un roman de Jack-Alain Léger


Un homme se meurt du sida. Il écrit son témoignage et confie le manuscrit à son ami, un écrivain réputé qui est le narrateur. En quelques jours, les médias en font une vedette. Dans le ciel de Paris, les vautours mercantiles commencent à tourner.

Comme l’écrit à juste titre Wikipédia, « L’auteur dresse la caricature de la célébrité éphémère d’un écrivain atteint du sida : éditeurs peu scrupuleux, parents intéressés par l’héritage, amis qui font rapidement le deuil du disparu. »

Mais ce qui est passionnant dans Les souliers rouges de la duchesse, paru en 1992, c’est cette plongée dans l’univers de l’écriture et des grands éditeurs parisiens. Comme ils sont décrits sans concession, l’auteur les a drapés de pseudonymes. Muche me fait penser à Gallimuche, Gallimard, Antoine Gallimard qui a édité Jack-Alain Léger. Au passage, on apprend que dans les années 80, le service de presse d’un grand éditeur parisien envoyait aux médias pas moins de 400 exemplaires gratuits d’un roman à paraitre. Ça, c’est de l’investissement !

Jack-Alain Léger possède un style virtuose, tout en finesse. Pas d’effets, d’acrobaties ou de fioritures, mais l’art de rendre vivants une scène ou un personnage en quelques mots. La classe !

Le roman parait tellement réaliste, vivant, sincère qu’il donne l’impression qu’il s’agit de mémoires et non d’une fiction. Voilà l’art de l’écrivain : faire passer une fiction pour de la réalité. Léger atteint le sommet de l’émotion et de la sincérité quand il décrit et analyse l’émission littéraire de l’époque, Apostrophes. En tant qu’écrivain, il y a lui-même participé.

Le roman fourmille d’idées et de pistes de réflexion sur notre société qui le dégoûte pas mal. Exemple : la fiction est plus vraie que la réalité car ce que les médias nous présentent n’est pas la vraie vie, mais un spectacle, « une manipulation médiatique, une reconstitution télévisée peuplée d’éléments statistiques. Voilà notre monde ! Et ne nous reste plus à peu près que l’invention romanesque pour pouvoir rétablir un semblant de vérité ».

Je me souviens de l’interview d’un grand éditeur parisien dans le magazine Muze. Il mettait au défi de citer le nom d’un écrivain francophone contemporain qui allait rester. Eh bien, j’en connais au moins deux : Serge Brussolo en littérature de genre, et Jack-Alain Léger en littérature générale.
 



mardi 22 octobre 2013

Appel à souscriptions !


Les éditeurs émettent des appels à textes. Moi, en tant qu’auteur, je me permets de lancer un appel à souscriptions.

Mon roman Glace Grise, un thriller espionnage, va paraitre aux éditions Terriciaë d’ici la fin de l’année. Toutefois, l’éditeur est une petite structure de bénévoles et demande 25 souscriptions au préalable. Je précise qu’il s’agit d’un vrai éditeur et que le roman sera disponible en librairie (contrairement aux services d’impression à la demande d’Édilivre par exemple).

Mais de quoi ça parle ? Voici le texte de la quatrième de couverture :

« Un homme se réveille dans un hôpital, amnésique. Aidé par une mystérieuse infirmière, il parvient à tromper la surveillance dont il fait l’objet. Seul en plein Paris, les questions se bousculent dans sa tête. Qui est-il ? Qui sont ces hommes étranges lancés à ses trousses ? Quel secret se cache dans les méandres de sa mémoire défaillante ? Alors qu’une course-poursuite s’engage, il lui faudra lutter pour sa survie et reconstituer ses souvenirs en lambeaux.
Avec le concours de personnages variés et ambigus, il part à la recherche de son propre passé. De détails retrouvés en révélations éprouvantes, sa quête le mènera dans un pays ravagé par trente années de guerre où règnent pauvreté, corruption et trafics en tous genres, également fascinante terre d’aventures et d’exotisme.
Glace Grise est un surprenant thriller géopolitique mêlant action, rebondissements et voyage initiatique, qui aborde de manière crue et réaliste la politique étrangère de l’Occident. »
 

Nous en sommes à 15 souscriptions. N’étant pas d’un naturel sociable, j’avoue peiner pour atteindre le quota.

Le chèque n’est encaissé qu’à l’expédition du roman et les frais de port sont offerts. Je peux d’ores et déjà rassurer le futur souscripteur en affirmant que le roman sera édité, parce que j’achèterai le complément pour monter à 25 et je revendrai à prix coûtant ces exemplaires dans des salons du livre.

Alors n’hésitez plus ! Voici le bon de souscription à télécharger.
 

 

jeudi 17 octobre 2013

Critique : La Princesse Noire, de Serge Brussolo


Éditeur : Le Livre de Poche
Date de parution : 2004
Genre : Thriller médiéval 

L’action se passe en Scandinavie au temps des Vikings et de l’essor du christianisme dans cette région.

Le personnage principal est une jeune fille de seize ans. Comme beaucoup d’héroïnes de fiction moderne, elle a un tempérament très masculin, comme un homme sans la force physique. Orfèvre dans la boutique de sa mère, elle s’ennuie et rêve d’aventure. Son vœu est exaucé : elle est capturée par des Vikings et vendue comme esclave. Une mystérieuse princesse noire l’achète, direction son château sur une île rustique.

Là, notre héroïne doit s’occuper d’enfants infirmes que la châtelaine recueille. Elle se rend compte que les enfants sont négligés et qu’en plus, il y en a d’autres, aveugles, dans les souterrains sous le château. Dans la lande, un monstre ailé sème la terreur. Enfin, les villageois colportent sur la princesse noire les pires rumeurs. Sans se frapper, notre héroïne aux nerfs d’acier va démêler l’écheveau des mensonges, des superstitions et des bassesses de chacun.

Comme dans tout bon thriller, Brussolo multiplie les fausses pistes. La figure de style principale du thriller est respectée : chacun n’est pas celui qu’on croit.

Le style de l’auteur est vivant et sans fioriture. Pas brillant, certes, mais efficace et précis.

L’ambiance est oppressante, la peur et la superstition (donc la religion) règnent. Ce n’est pas la première fois que Brussolo met de façon lucide en scène la fondation de légende, mythe et finalement, l’invention de dieux par un groupe d’humains ignorants et écrasés par l’angoisse (cf. Shag l’idiot).

Même s’il met en évidence la bassesse de l’âme humaine, préférant réalisme à humanisme, Brussolo a le grand mérite d’éviter tout manichéisme. Chaque personnage, aussi maléfique qu’il paraisse, a de bonnes raisons d’agir comme il le fait. À part le personnage principal trop masculin et trop robuste nerveusement, voire trop malin, la psychologie des autres personnages tient vraiment la route.

Serge Brussolo, le maître français de la littérature de genre, signe une nouvelle fois une œuvre originale et marquante.
 
 


 

mercredi 9 octobre 2013

Les Éditions de l’Abat-Jour publient un feuilleton noir de Lordius !


Les Éditions de l’Abat-Jour sont un éditeur numérique dynamique. Au menu : des nouvelles en ligne (téléchargeables au format pdf), des livres numériques, un magazine littéraire trimestriel baptisé l’Ampoule, et des feuilletons littéraires hebdomadaires.

Détective à la dérive propose chaque lundi un épisode des enquêtes frappées d’Axtone Latuile, un détective privé alcoolo-dépendant, fauché et nihiliste.

Un grand merci au dessinateur Marray qui a réalisé l’illustration-couverture du feuilleton :
 

mercredi 2 octobre 2013

Critique : Le client (bande dessinée)


Scénariste : Zidrou (auteur de l’élève Ducobu)
Dessinateur : Man
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 2013
Genre : Thriller romantique et sordide à la fois 

Quelque part dans un coin d’Espagne interlope, un homme fréquente un bar à putes. Il tombe amoureux de l’une d’elles. Elle aussi, semble-t-il. Il veut la sortir de là, mais l’organisation veille. Alors cet homme amoureux enlève la fille du chef de l’organisation.

On s’identifie facilement au personnage principal. Il n’est ni beau ni doué pour l’action contrairement à la coutume. Il est petit, binoclard, étriqué d’épaules et gras du bide. C’est monsieur tout-le-monde. Sincérité, émotion et authenticité baignent cette fiction : on s’y croirait.

Il n’est pas le modèle courageux. Pourtant, pour sauver sa dulcinée, il est prêt à charger les moulins de la pègre. La passion amoureuse qui fait prendre tous les risques, voilà un thème délicieusement romantique.

Concernant le dessin, la mise en scène, l’expressivité des personnages, les couleurs : tout est réussi. J’apprécie particulièrement les dominantes de couleurs par scène et souvent par planche qui donnent au récit une sorte de rythme poétique visuel comme dans Les sentinelles. Les flashbacks sont indiqués par des bordures de case noires, le présent est classiquement en blanc, autre initiative heureuse.

Le dessin livre un maximum d’information et d’expressivité par case, une densité qui illustre « un dessin vaut mille mots ». Les scènes, même brèves sont donc très suggestives. La maîtrise narrative et picturale des deux auteurs est tout simplement remarquable. Avec eux, le roman graphique est un art majeur. Le meilleur de la BD européenne, rien de moins.
 
 




 

mardi 24 septembre 2013

Gatsby le magnifique de Scott Fitzgerald (le roman)


L’encyclopædia universalis présente bien ce roman mythique :

« Publié en 1925, Gatsby le Magnifique est le troisième roman et l'œuvre la plus célèbre de l'écrivain américain Francis Scott Fitzgerald (1896-1940). Accueillie en son temps avec peu d'enthousiasme par le public et la critique, cette chronique désenchantée n'allait pourtant pas tarder à devenir l'œuvre phare de toute une génération, la « génération perdue » des rugissantes années 1920 (« roaring twenties »), celle des jeunes gens qui cherchaient à noyer leur désespoir né de la guerre dans le jazz et l'alcool de contrebande. »

Les années rugissantes aux États-Unis correspondent aux années folles en Europe. Admettons qu’une génération se soit reconnue dans ce roman, cela n’explique pas son succès ultérieur jusqu’à nos jours. Alors d’où vient-il, ce succès ? Pourquoi Gatsby nous touche-t-il ?

Le romantisme, pardi ! Le thème le plus classique et le plus porteur des romans. Car Gatsby, par ailleurs un escroc engendré par la prohibition (à chaque fois qu’on interdit une substance psychoactive, on favorise le crime, organisé ou non) ne vit et meurt que pour une femme. Pendant cinq ans, il monte un stratagème habile mais incroyablement lourd pour la retrouver de manière la plus convenable possible, lui qui est loin d’être convenable comme on l’apprend progressivement. Bref, il ne vit que pour elle. Or, qu’a-t-elle de particulier ? Rien à part une plastique agréable. Elle n’a pas l’esprit brillant, elle ne sait pas conduire une voiture (une incapacité lourde de conséquences dans l’intrigue tragique) et surtout elle ne l’attend pas pendant la guerre malgré leur idylle parfaite juste avant son départ au front. Elle se marie sans vergogne à un autre. Bref une jolie cruche salope comme il y en a tant…

Mais voilà ! Lui est dans son rêve. Certains ont parlé de rêve américain. Plus largement, je dirais rêve humain, utopie : les Hommes raffolent de ces constructions idéalistes complètement détachées de la réalité : Dieu, le communisme, l’humanisme et… l’amour romantique.

Une fois accoutumé au style soutenu (des passés simples dans les dialogues, par exemple) et malgré le prisme de la traduction qui mériterait un dépoussiérage, on est charmé par l’humour sarcastique et subtil qui transparait dans de nombreuses scènes du roman. Gatsby n’est pas seulement une tragédie romantique émouvante, c’est aussi une satire sociale d’autant plus féroce qu’elle est fine. Jamais ou presque de caricature. Des piques fines donc aiguës qui banderillent habilement le genre humain.

On appréciera aussi l’absence de manichéisme : tous les personnages ont des points de vue défendables. Ainsi le mari de la femme que convoite Gatsby, sous des dehors grossiers au début, se révèle sincère et rationnel autant qu’un des personnages du roman peut l’être. Car si on y réfléchit, ils sont tous abjects et sans moralité… Fitzgerald n’était pas un humaniste mais un réaliste, un très grand romancier maitre de son art.

En conclusion, Gatsby le magnifique est un roman de chevalerie moderne et dépravée. Le personnage principal est obsédé par l’idée de faire revivre le passé, une forme d’immortalité peut-être. La dernière phrase du roman en témoigne :

Car c'est ainsi que nous allons, barques luttant contre un courant qui nous ramène sans cesse vers le passé.

Cette phrase a été gravée dans la pierre de la tombe de Francis Scott Fitzgerald. N’est-ce pas romantique ?

L’œuvre est tombée – non, hissée – dans le domaine public. Donc téléchargeable gratuitement et légalement.





mercredi 18 septembre 2013

Critique : La Patrouille du Temps par Poul Anderson


Injustement peu connu en France, Poul Anderson fait partie des grands maîtres américains de la science-fiction du XXe siècle. Son abondante bibliographie s’est couverte d’honneurs et de nombreux prix littéraires (Nebula, Hugo et tant d’autres).

La Patrouille du Temps, parue initialement dans The Magazine of Fantasy & Science Fiction en 1955, est sûrement la série la plus connue de Poul Anderson.

Dans le futur lointain, l’Homme a inventé le voyage dans le temps. Seulement voilà, cette invention merveilleuse en théorie est en pratique une source terrible de tracas. En effet, certaines personnes sont tentées de changer le cours de l’Histoire, anéantissant du coup l’humanité telle que nous la connaissons. Aussi la mission de la Patrouille du Temps est de veiller à ce que personne n’altère l’Histoire, une tâche dangereuse, grandiose, démesurée et bourrée d’aventures uchroniques.

Avec une grande habileté, Poul Anderson réussit à justifier autant qu’il est possible cette construction de l’esprit humain qu’est le voyage dans le temps, remplie de paradoxes insurmontables en pratique. Mais pas pour Poul, le magicien de l’assemblage des mots ! Ainsi il introduit des lois de causalité et de conservation associées au principe de discontinuité : si un agent de la Patrouille du temps tuait ses parents, il continuerait cependant d'exister. De plus, le cours de l’histoire ne se déforme pas aisément : il est élastique. Ainsi si vous tuez un lointain ancêtre d’un homme célèbre, il existera quand même car il est le fruit d’une multitude de gènes. Par contre, si vous tuez Scipion, le seul général romain valable de l’époque, alors Hannibal triomphe, Rome tombe, et la civilisation celte triomphe (même si les Carthaginois étaient des Phéniciens donc des Sémites, mais bref, l’histoire du monde est chamboulée). Et c’est dans ces cas dramatiques là que la Patrouille du Temps doit intervenir.

 La maîtrise narrative de l’auteur est remarquable. Comme le récit est destiné à paraître par épisode dans un magazine, Poul Anderson arrive à rappeler au lecteur l’essentiel du contexte en quelques phrases habiles disséminées au début de chaque épisode. Ses connaissances historiques et surtout l’efficacité de son écriture tiennent du prodige : il est capable de brosser des tableaux historiques convaincants, que ce soit l’ambiance d’une ville du temps de l’empire perse, ou bien une bataille entre Rome et Carthage.

Le thème sous-jacent des épisodes est souvent l’amour romantique. Non sans humour, il met ses personnages masculins dans des situations inextricables et devant des contradictions à la fois pitoyables et réalistes, pour les beaux yeux d’une femme.

Cette plongée dans le passé de l’humanité, outre les connaissances historiques, apporte des réflexions d’une profondeur insoupçonnée. La Patrouille du Temps est bien plus qu’une œuvre de science-fiction : elle aborde les genres de la romance, du roman historique, de la (contre) uchronie et même, oui, même du conte philosophique.
 
 
 

jeudi 12 septembre 2013

Pastiches de Haïkus par Lordius


Le Haïku est un petit poème japonais extrêmement bref visant à dire l'évanescence des choses, selon la belle définition de Wikipédia. Il se compose de trois vers. Le thème est la nature et les saisons.

Alors voici quelques Haïkus de Lordius sur le thème du printemps.

 
La biche gracile gambade,

Sa course exprime la joie,

Le sourire du chasseur aussi.

 

La neige a fondu,

La glace est brisée,

Promesse d’amour.

 

Les bourgeons bourgeonnent,

Les jours s’allongent,

Ma tronche aussi.

 

L’herbe pousse,

La feuille verdit,

Je suis vert devant la feuille d’impôt.

 

La feuille verdit et pousse,

Je pousse un cri,

La feuille d’impôt me vire au vert.

 

Le temps se dégèle,

Les cœurs itou,

Vive l’antigel du bistro.

 

Ô mon âme sœur, que je t’aime,

Vois l’hiver fuir, ne l’imite point,

Ou alors présente-moi ta sœur.

 

La sève monte,

Les bêtes se montent,

Je monte me coucher seul.
 
 
 

mardi 3 septembre 2013

Critique : Morgan (Bande dessinée) de Segura et Ortiz


Titre : Morgan
Sous-titre : T.1 : Repose en paix
Scénariste : Antonio Segura
Dessinateur : José Ortiz
Éditeur : Soleil Productions
Date de parution : 1989-1993
Genre : roman graphique noir d’encre 

Le brillant commissaire quinquagénaire est en bout de course. Il a une balle logée près du cœur. Sa femme l’a quitté parce qu’il ne peut plus prendre le risque de faire l’amour : son palpitant pourrait lâcher. Il lui reste sa fille. Mais voilà, un gang l’assassine. Alors il se fâche vraiment, notre fort de l’ordre. Lui qui a été réglo toute sa vie, qui n’a même pas cherché à se faire justice quand un malfrat lui a logé une bastos calibre 45 dans le poitrail, cette fois il fait un carnage. Il n’hésite pas notamment, à tuer le frère innocent du malfrat pour descendre celui-ci à l’enterrement. Ce garçon n’a plus de cœur… On est dans l’archétype du genre noir. Il n’y a d’espoir pour personne. Souffrance, ennui ou mort brutale, voilà le programme.

On retrouve le thème classique de la vengeance qui libère et assouvit, quel qu’en soit le prix. Et le prix est lourd. Condamné à perpète. Un flic au milieu des taulards, ça va être sa fête. Mais lui n’a plus rien à perdre, même pas la vie, ce mort en sursis. C’est ce qui le rend si dur de dur.

L’histoire est habilement découpée en épisodes autonomes. Comme un recueil de nouvelles graphiques, une série dont le fil conducteur est le pénitencier. Comme souvent pour aboutir à un chef-d’œuvre, on a sous les yeux le fruit d’une magnifique synergie entre le dessinateur et le scénariste : histoire et dialogues scotchants, dessin énergique et chargé d’émotions et d’atmosphère. Glauque, effroyable, cette atmosphère, mais prenante. Elle nous aspire dans un tourbillon de haine, violence, enfer carcéral, mais aussi solidarité, amitié et loyauté.

Comme toute œuvre noire, Morgan ne se laisse approcher que par les lecteurs avertis.
 
 


 

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jeudi 22 août 2013

Fatale par J.P Manchette, le prince du néo-polar à la française


Date de parution : 1977 chez Gallimard
Genre : Néo-polar

Fatale, comme Le petit Bleu de la Côte Ouest, est un classique du genre, d’un auteur lui-même porte-drapeau de la vague néo-polar française des années 70.

Comme d’habitude, le style de Manchette déroute au début. Il faut quelques chapitres pour s’y habituer. Répétitions, libertés syntaxiques, descriptions méticuleuses des vêtements portés par les personnages, énumération des objets qui composent le décor…

L’auteur prend un soin particulier à décrire les moindres gestes des personnages. Pour lui, la banalité du quotidien permet d’ancrer le récit, de donner de la présence et de la sincérité à l’histoire. Son style contribue en tout cas à la profondeur psychologique des personnages.

L’intrigue n’est pas plus réaliste que celle des autres romans de Manchette. Comme d’habitude, c’est l’histoire d’un tueur. Une femme jeune, jolie, à la fois fluette comme on n’en fait plus au XXIe siècle (45 kg pour 1m61, Manchette raffole des précisions parfois oiseuses, souvent percutantes) mais capable de tuer à main nue plusieurs hommes en quelques minutes, après avoir découvert le délice de donner la mort, décide d’en faire son métier. Alors elle fraie avec les notables d’une petite ville de province. Coup de chance, ils sont tous pourris jusqu’à la moelle. Tous ! Alors ça va être un carnage, sauf si elle s’attendrit ou qu’elle disjoncte, car la petite maigrichonne super costaude dans son corps possède une faiblesse : elle est folle.

On retrouve les ingrédients et les thèmes qui font le succès des romans noirs bien glauques. Et ce qui est bien avec Manchette, c’est qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer. Ses romans sont très courts. 150 pages pour Fatale, en édition de poche.
 



 

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mercredi 14 août 2013

LES NON-HANDICAPÉS de Pierre DESPROGES


Chroniques de la haine ordinaire, diffusé sur France Inter le 24 avril 1986

J’ai pris le plus grand soin à retranscrire verbatim le texte à partir de l’enregistrement audio. La typographie et la ponctuation sont donc de moi. Merci de me signaler les erreurs éventuelles.

 
Mes chers amis,

C’est avant tout en tant que président de l’Association des non-handicapés de France que je m’adresse à vous ce soir. C’est vers vous, les non-vieux, les non-jeunes, les non-chômeurs, les non-femmes, les non-affamés, les non-immigrés, les non-homosexuels, les non-infirmes, les non-mongoliens, c’est vers vous que vont ce soir toutes mes pensées.

Nous formons mes chers amis, dans ce pays, une minorité, certes ! Mais cette minorité, comme les autres minorités, a le droit de se faire entendre et, pour cela, nous devons nous unir et montrer au monde que nous existons, avec nos différences, certes ! Mais ces différences, les autres doivent, au nom de la solidarité nationale, les reconnaître et les accepter.

Nous sommes des hommes comme les autres. Nous ne gênons personne en allant travailler tous les matins la tête haute sans canne blanche ni béquille. Si la nature nous pousse à avoir des rapports intimes avec des personnes du sexe opposé au nôtre, en quoi cette singularité dérange-t-elle le bourgeois ?

Nous devons dénoncer le racisme dont nous sommes de plus en plus souvent les victimes ! J’en parle en connaissance de cause. Pas plus tard qu’hier, mon fils, qui vient d’avoir sept ans, est rentré de l’école en larmes :

— Papa, m’a-t-il dit, qu’est-ce que c’est qu’un blanc ?

Je dois dire que je ne m’attendais pas à cette question si tôt. Oh, je savais bien qu’un jour ou l’autre nous devrions en passer par là. Mais pas si tôt. J’étais désemparé.

— Pourquoi me demandes-tu cela, mon garçon ? ai-je demandé en le prenant sur mes genoux pour le consoler.

— Ben à l’école, les autres se sont moqués de moi, ils m’ont montré du doigt en criant : « Ah le blanc, ah le blanc ! » C’est quoi, papa, un blanc ?

— Un blanc, c’est… c’est un homme comme un autre !

— Alors pourquoi les autres ils se moquent ?

— Ben ils ont tort ! Vois-tu, nous avons… nous avons nos coutumes, notre religion qui ne sont pas tout à fait les mêmes que les leurs. Nous portons des pantalons, nous mangeons avec des fourchettes, nous buvons du vin et, c’est vrai qu’il y a dans le vin comme un goût primitif qu’on ne retrouve pas dans l’eau ! Cela peut surprendre… Mais tu ne dois en aucun cas, mon enfant, en avoir honte. Nous sommes blancs, descendants des Gaulois et des Francs et alors ! Les raisons de nous en féliciter ne manquent pas : le franc est stable et jamais les Gaulois n’ont donné la gale aux Romaines ; nos Charolais sont laids, mais nos Bordelaises sont girondes ; l’Alsace nous a donné ses Ballons, Sophia nous a donné la Lorraine ; nos ancêtres du Berry nous ont donné le béret et nos ancêtres basques, les baskets… L’art blanc, mon enfant… l’art blanc existe autant que le lard fumé ! La Joconde, Versailles, le Cid, le jeu des mille francs, c’est nous ! La bombe H et le Mistral gagnant, c’est nous ! Austerlitz, c’est nous ! Auschwitz, c’est loin… Mon enfant, nous sommes blancs et nous devons assumer notre blanchitude !

— Mais pourquoi on est blancs, papa ?

— C’est naturel… C’est Dieu qui l’a voulu ainsi ! D’ailleurs, l’été nous ne sommes plus très blancs, il nous suffit d’aller au soleil et de ne plus bouger, c’est chiant, mais ça banalise !

— Oui papa, mais eux ils ont du pot, ils ont même pas besoin d’aller au soleil.

— Oui, mais ça c’est un autre problème, c’est parce qu’ils n’ont pas les moyens, ils gaspillent tout leur argent en nourriture… Vois-tu mon chéri, nous ne sommes pas tellement à plaindre !

J’ai réussi à consoler cet enfant… mais pour combien de temps ? Combien de temps encore devrons-nous subir les humiliations des minorités handicapées de ce pays ?

L’affaire Jean Dupont a certes, secoué les torpeurs et ému les esprits. Mais il aura fallu ce drame pour que le gouvernement vote enfin le décret de reconnaissance publique de l’Association des non-handicapés de France.

Les faits sont connus de tous, mais nous les répèterons une fois de plus à l’intention du grand rabbin nègre non-comprenant, de l’Association pour le racisme et contre l’antisémitisme qui a tenu à être des nôtres ce soir pour montrer à tous qu’à ses yeux, nous étions des Français à part entière.

Lors des derniers Jeux olympiques pour handicapés, la finale du quatre cents mètres haies mettait aux prises une équipe de trente chômeurs immigrés cancéreux non-voyants à la colonne vertébrale brisée à tout jamais, et un non-handicapé de quarante ans, Monsieur Jean Dupont, Auvergnat, hétérosexuel et cadre.

Ce dernier arriva le premier avec trente-neuf heures, douze minutes et six secondes d’avance sur le second. Par la suite, Jean Dupont devait reconnaître qu’il avait été distrait et qu’il était fatigué le jour de la compétition, c’est cette distraction qui lui avait fait oublier qu’en pareil cas, le non-handicapé doit attendre les handicapés. De même qu’à l’école, les surdoués doivent attendre que les tri-chromosomiques aient compris « un et un égalent deux », avant de passer le mois suivant à « deux et un égalent trois ».

Mais cela n’excuse en rien que de retour aux vestiaires, les chômeurs immigrés cancéreux non-voyants à la colonne vertébrale brisée à tout jamais aient roué le malheureux de coups de canne blanche avant de lui rouler sur le corps jusqu’à ce que mort s’ensuive en chantant la chanson pour l’Éthiopie.

N’ayons pas peur des mots mes amis : c’est une attitude qui est contraire à l’esprit de la Déclaration des Droits de l’Homme. Jean-Marie Le Pen ne me contredira pas sur ce point. Et c’est bien ce qui m’emmerde !
 

mercredi 7 août 2013

Critique : Les sentinelles (BD) par Dorison et Breccia


Titre : Les sentinelles (volume 1)
Sous-titre : Chapitre premier : juillet-août 1914. Les moissons d’acier
Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Enrique Breccia
Éditeur : Robert Laffont
Date de parution : 2008
Genre : Fantastique & historique ou science-fiction & guerre ou BD de super-héros

Début des années 1910. L’armée française renonce à ses expériences de prototype de super-soldat : la technologie n’est pas au point et, aussi, les généraux sont trop cons. Été 1914 : les généraux sont toujours aussi cons, mais la technologie a évolué. Hélas ! Le scientifique pacifiste refuse de vendre son invention à l’armée. Sur ces entrefaites, la guerre éclate et notre idéaliste est grièvement blessé au front. Pour éviter la mort, il accepte de devenir Taillefer, la nouvelle sentinelle.

Entre parenthèses, ça me fait penser à la blague de Pierre Desproges qui cible la guerre d’après : « En 39, tout le monde savait que Gamelin était un con, sauf les militaires. C’est ce qu’on appelle un secret militaire. » C’est là qu’on se rend compte de l’infamie des Allemands de l’époque, l’un de leurs plus grands crimes de guerre : ils nous ont rendu Gamelin intact en 45, après avoir tué des millions d’autres humains… Fin de la parenthèse.

Cette bande dessinée reprend un thème devenu classique, l’homme bionique. Elle réussit cependant à traiter ce thème avec une grande originalité puisque l’action se passe en 1914. Il s’agit donc d’une sorte de science-fiction vintage, laquelle s’immerge, autre originalité passionnante, dans un récit historique de guerre ultra-réaliste.

Le scénario est vraiment époustouflant et très abouti. Les personnages possèdent une profondeur psychologique et évitent tout manichéisme. Un grand soin a été apporté aux recherches historiques et même à l’aspect scientifique : la manière dont les super-soldats sont façonnés est expliquée avec luxe de détails, sans que cela devienne barbant. Du grand art.

Le docteur qui fabrique les super-soldats et fait des expériences si cruelles sur les animaux, on hésite entre Mengele, Frankenstein et un patriote qui ne pense qu’à sauver son pays. Et Djibouti le vieux légionnaire au corps cassé, ancien cobaye volontaire du doc, ça le dégoûte de tuer des jeunes hommes allemands mais d’un autre côté, il kiffe de faire son mâle dominant. La guerre, c’est plein de dilemmes qui vous déchirent le cœur, mais sans elle, qu’est-ce qu’on s’emmerderait…

Le dessin est au diapason. Les couleurs, formidables, évoquent à la fois les BDs de super-héros et des images d’Épinal. Mais le plus frappant, ce sont les visages. Beaucoup de dessinateurs de BD et de manga sont experts dans cet exercice imposé. Mais Breccia les surpasse. Ces visages taillés à la serpe, on ne les oublie pas une fois l’album refermé. Il les dessine souvent montrant les dents. Ça leur donne un air féroce de carnivore, cruel, satanique même, mais énergique aussi.

À propos des couleurs, on s’aperçoit que chaque planche possède une couleur dominante. Ce procédé permet de donner une ambiance et un rythme à chaque scène. Il est d’autant plus remarquable qu’il est difficile de faire coïncider les couleurs dominantes avec chaque planche. C’est une contrainte qui donne corps au récit, comme les pieds et les rimes donnent corps à un poème. Cette BD est comme un poème graphique moderne.

Au total, une bande dessinée vraiment époustouflante. Trois volumes sont sortis. Le volume 2, c’est la bataille de la Marne. J’imagine le suspense de fou, parce que quand même, le sort de la France se joue entre les mains métalliques de Taillefer, ce super-héros à la française. Pour lecteurs avertis.




 

  

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mercredi 31 juillet 2013

Critique : Kangouroad Movie, de ADG


Kangouroad Movie est le dernier roman publié du vivant d’ADG en 2003. L’année d’après, Gallimard réédite les meilleurs auteurs de la collection Série noire, sauf ADG, le plus grand d’entre eux. C’est peut-être ce qui a achevé l’auteur bien malade. Gallimard a réparé sa faute en 2008, mais trop tard.

Kangouroad Movie est un roman noir vraiment désopilant : un roman drôlement noir mâtiné d’aventures rocambolesques. De fait, l’ensemble du récit apparait comme une vaste farce à prendre au second degré. L’action se passe dans le bush australien, le désert où vivent les Aborigènes. L’auteur nous décrit avec force détails et une grande érudition la flore et la faune. Sa connaissance profonde du pays (il a vécu plusieurs années dans la région) transparait à chaque paragraphe, notamment quand il nous initie à la pensée aborigène, un peu à la manière d’un ethnologue disjoncté.

L’histoire est riche en rebondissements, souvent improbables, mais l’intrigue n’est pas le point fort d’ADG. Un Australien blanc et un Aborigène chargés de réparer la barrière anti-dingo (plus longue que la muraille de Chine, plus longue que toute construction humaine depuis l’origine des temps) trouvent dans le désert cinq cadavres affreusement mutilés et une survivante étrange. Comme ils font la bêtise de ne pas aller à la police immédiatement, ils sont pris dans une tornade d’emmerdements.

Comme souvent dans l’œuvre d’ADG, le point fort est le style. Descriptions colorées, dialogues percutants, métaphores puissantes et originales, vocabulaire très riche, néologismes et un zeste de calembours font d’ADG un virtuose du style, un grand de l’écriture, comme on en voit très peu en langue française.

Ce chef-d’œuvre ô combien croustillant et marquant constitue son bouquet final du chant du cygne. Chapeau l’artiste !
 



 
 

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mercredi 24 juillet 2013

Mathilde la notable


Depuis le vol de son portefeuille, rien n’allait plus comme avant pour Mathilde. Cela s’était passé à l’heure de pointe dans le métro du soir ; comme toujours elle avait quitté le siège de la société la dernière. Sur le moment, elle ne s’était aperçue de rien. (…) Après seulement, elle s’était rendu compte.

(…) Plus de goût à rien, Mathilde. Dans son appartement de la rue du Louvres, au premier étage, certains soirs, elle n’allumait pas…

 
J’ai imaginé la suite de ce texte de François Nourissier :

 
Certains matins, elle ne se levait pas… Elle ne quittait plus le siège de la société la dernière. Oh non, c’était bien fini. Cette société qu’elle avait bâtie de ses mains, ou plutôt par l’opération de son esprit sain, son temps précieux, sa sueur énergique, ses relations particulières, tout son être, bref son bébé, elle le négligeait pour la première fois.

Comment une bâtisseuse d’empire de sa trempe avait pu être à ce point dévastée par le simple vol d’un portefeuille ? Voilà certainement ce que vous vous demandez, lecteur. Une longue enquête a permis de reconstituer l’enchainement dramatique des faits. Car Mathilde la notable, en somme, n’était pas la femme qu’elle paraissait.

D’abord, dans ce portefeuille, il y avait des photos compromettantes de son amant. Or son mari les reçut par la poste quelques jours plus tard et demanda le divorce pour faute.

Ensuite, dans ce portefeuille, il y avait des numéros de compte en Suisse, où en bon chef d’entreprise, elle planquait son magot. Or le fisc les reçut par la poste quelques jours plus tard. Alors contrôle fiscal et mise à l'index. Que l’opprobre est sale !

De plus, dans ce portefeuille, il y avait des contacts avec la pègre, celle qui l’avait aidée à démarrer sa société. Or la justice, eh oui, pareil, lettre anonyme. Alors garde à vue, mise en examen et tout ce qu’elle pouvait dire, eh bien, non, valait bien qu’elle la boucle et laisse jacasser son baveux.

Et enfin, dans ce portefeuille, il y a avait la lettre compromettante d’un politicien. Elle le faisait chanter, la Mathilde interlope. Or, tenez-vous bien lecteur, aucun organisme n’a reçu cette lettre par courrier anonyme.

 
 

 

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vendredi 19 juillet 2013

Lordius publié aux éditions Terriciaë !


Mon roman Glace Grise, un thriller géopolitique & espionnage, va paraître aux éditions Terriciaë à la rentrée.

 


Reste un dernier obstacle, une vingtaine de souscriptions. Pour ceux que cela intéresse, voici le bon de souscription à télécharger. Les frais de port sont offerts.

mercredi 17 juillet 2013

Critique : Shutter Island, la bande dessinée


Scénario et dessin : Christian de Metter
Tiré du roman de Dennis Lehane
Date de parution : 2009
Genre : thriller psychologique noir 

C’est le propre des chefs-d’œuvre que d’inspirer magnifiquement ceux qui les adaptent sur d’autres supports. Comme Martin Scorsese l’année suivante (film sorti en 2010), Christian de Metter a donné le meilleur de lui-même pour se hisser à la hauteur du roman de Dennis Lehane (best-seller sorti en 2003).

Début des années 50, région de Boston. Deux marshals fédéraux se rendent sur une île abritant un hôpital-prison pour dangereux psychopathes criminels. Nos deux détectives recherchent une malade qui s’est volatilisée. Elle a laissé une note cryptée. Tant de mystères recouvrent cette île secouée par la tempête… L’évadée a-t-elle bénéficié de complicité du personnel médical ? Qu’est venu chercher l’un des marshals qui semble connaitre un malade détenu dans l’île ? Les médecins pratiquent-ils des expériences louches sur leurs patients ? Une plongée sombre et angoissante dans l’univers de la folie attend le lecteur.

Shutter Island représente la quintessence du thriller psychologique : aucun des personnages n’est en réalité celui qu’il affiche au début de l’histoire.

L’adaptation en bande dessinée de Christian de Metter est remarquable à plus d’un titre. Les dessins d’abord, magnifiques, artistiques, frappants. La couleur sépia est un choix vraiment heureux, renforçant l’ambiance glauque de l’intrigue. Par contraste, les rêves du personnage principal sont en couleur. Encore une superbe idée. Concernant le scénario, les dialogues percutants sont saisissants de réalisme et d’émotion. En quelques cases, l’auteur arrive à restituer l’ambiance juste.

Ce qui m’apparait formidable, c’est que même quand on connait déjà l’intrigue, on est quand même scotché par cette bande dessinée. Pour ceux qui la découvrent, il est conseillé de la lire deux fois, afin de mieux appréhender la profondeur de l’œuvre.

mardi 9 juillet 2013

Critique : Le grand Meaulnes d’Alain Fournier


Ce classique de la littérature française est paru en 1913. L’année suivante, Alain Fournier se fait tuer à la guerre à 27 ans, laissant à la postérité des poèmes et cet unique roman qui deviendra un best-seller international.

Le grand Meaulnes, c’est l’histoire d’un garçon de 15 ans, dans les années 1890 qui s’ennuie ferme à la campagne. Un jour, un ado de 17 ans débarque. Il est aventureux, orgueilleux, mystérieux, idéaliste, romantique, viril, solitaire, charismatique, chevaleresque. On le surnomme le grand Meaulnes, parce qu’il est de grande taille, mais pas seulement. Un jour, Meaulnes part en escapade car il est en révolte contre le monde des adultes. Il se retrouve au beau milieu d’une fête étrange et, moment de grâce, il tombe sur une jeune fille qui lui fait un effet terrible. Mais alors si foudroyant qu’il ne s’en remettra pas, ni lui, ni la plupart des personnages du roman.

Les personnages principaux sont presque tous si idéalistes, si romantiques, si détachés de la réalité, si exaltés qu’ils en deviennent stupides. Ainsi ce pauvre Meaulnes qui recherche pathétiquement sa fiancée en secret, alors que s’il en parlait ouvertement, il la retrouverait bien vite. Mais au fond de lui, il ne veut pas la trouver. Il veut juste la chercher et la garder intacte dans son souvenir ébloui et ô combien idéalisé. La quintessence du romantisme…

Le grand Meaulnes démontre qu’il est souvent vain de vouloir classer une œuvre de fiction. C’est un roman protéiforme, un kaléidoscope littéraire. Roman de terroir, d’abord, bien ancré dans la réalité campagnarde pour mieux faire ressortir le merveilleux et le rêve. Cet aspect comporte hélas des passages un peu rasoir, mais pas plus que les romans de ses contemporains. Seuls les romans pour la jeunesse échappent à cette tare : Black Beauty d’Anna Sewell, Heidi de Joanna Spiri, Les aventures de Tom Sawyer de Mark Twain ou encore Anne… La maison aux pignons verts de Mary Maud Montgomery. À noter que Fournier retranscrit le parler des paysans de l’époque « C’est-il que… », une innovation que suivront Henri Barbusse dans Le feu et surtout Céline dans Voyage au bout de la nuit : des dialogues réalistes, des personnages qui ne parlent pas comme dans les livres, un style vivant et non pas pédant. Il s’agir d’une avancée majeure de la littérature moderne.

On a dit à juste titre que Le grand Meaulnes était aussi un récit autobiographique, un roman onirique, un roman d’aventures et un roman d’adolescence. Je résumerais par : une tragédie romantique, voire un mélodrame. Et j’irai même plus loin ! Le grand Meaulnes possède une véritable intrigue, avec coups de théâtre, rebondissement et, oui, suspense. Le grand Meaulnes est aussi un thriller !

Le grand Meaulnes est dans le domaine public. Il est donc disponible en téléchargement gratuit pour liseuse sur internet. Je conseille feedbooks qui propose les trois formats d’ebooks (pdf, epub et mobi pour Amazon Kindle). De plus, ce site propose une belle collection gratuite d’œuvres tombées (ou montées ?) dans le domaine public.
 



 

 

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mercredi 3 juillet 2013

Les squatteurs


Ce matin, il m’est arrivé un truc délirant.

Je vais faire mes courses comme d’hab. Quand je reviens, impossible de rentrer, dis donc ! La clé n’ouvrait pas la serrure.

Ça m’est déjà arrivé, mais uniquement quand je suis pris de boisson. Là pourtant, je suis à jeun. Alors je me dis : ça doit être ça qui cloche, je suis pas dans mon état normal. Je sors donc du panier à provisions la bouteille de pastis que je viens d’acheter et j’en siffle la moitié au goulot. Le calibre 45 %, ça vous réveille son homme !

Avec une énergie renouvelée, j’empoigne la clé et je trifouille la serrure. Mais nom d’une pipe z’en bois, rien à faire !

Je reprends une rasade de pastaga pour me calmer les nerfs et réfléchir. Car l’alcool désinhibe et stimule l’imagination. Je laisse venir à moi les idées, les souvenirs. Bien sûr ! L’autre jour, j’ai vu une émission sur les squatteurs. Ils entrent dans une maison vide, changent la serrure en un clin d’œil et les voilà chez eux. Après, pour les déloger, c’est toute une galère. Ah les enfoirés ! Dans le reportage, ils disaient que le plus simple, c’est de les expulser manu militari, parce que la loi, vous comprenez, patati, patata…

Alors en avant ! Je finis la bouteille et l’empoigne par le goulot. Ça va péter ! que je hurle pour me donner du courage. J’entends une voix d’homme derrière la porte. Cet empaffé de squatteur me nargue ! Je l’insulte copieusement et tambourine à la porte. Il ouvre pas, le fumier.

Il se la joue guerre de position ? OK ! Je donne l’assaut du camp retranché. Ni une ni deux, j’avise une meurtrière et je la défonce d’un grand coup de pied. Erreur tactique de l’ennemi qui n’a pas fermé les volets. La fenêtre vole en éclat. Ça y est ! Je suis dans la place. Un homme dans le salon. Il se sauve. Il va chercher du renfort. Pas question ! Profitons de la déroute des troupes ennemies pour les écraser. Tel le maréchal Murat à la tête de la cavalerie de Napoléon, je course le squatteur en hurlant, bouteille au clair. Lui aussi hurle. Paf ! Un bon coup de bouteille sur la tête ramène le calme sur le champ de bataille. L’ennemi gît à mes pieds. Tiens, il ressemble au voisin.


 

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jeudi 27 juin 2013

Critique de : Ikigami par Motorô Mase (manga)


Titre : Ikigami
Sous-titre : Préavis de mort
Auteur : Motorô Mase plus les petites mains appelées assistants
Éditeur : Asuka éditions
Date de parution : 2005 au Japon
Genre : Thriller d’anticipation contre-utopique
 
Cette société pourrait être la nôtre. À une exception près : un jeune sur mille est mis à mort automatiquement par un vaccin entre 18 et 24 ans. Le but est de faire apprécier la vie, dans ce monde au confort aseptisé. D’autre part, cette pratique réduit les suicides et la délinquance. On peut aussi y voir une métaphore de la guerre, endémique chez les humains, qui moissonne la jeunesse, souvent sans raison valable.

Le thème fait penser à Hunger Games, sauf que là, le jeune n’a aucune chance de s’en sortir et puis ça se passe de nos jours. On s’identifie donc mieux à cet univers.

Le personnage principal n’est pas un de ces jeunes qui cherchent à échapper à la mort, genre thriller haletant. D’ailleurs il est impossible aux jeunes victimes expiatoires d’échapper à leur funeste destin. Le personnage central est un fonctionnaire qui vient annoncer aux malheureux qu’il leur reste 24 heures à vivre. Il leur remet leur préavis de mort pour que les condamnés vivent à fond leur dernière journée. Si possible sans faire de dégâts, sinon c’est leurs parents qui morflent.

Le tome 1 raconte le dernier jour de deux jeunes. L’intrigue et la psychologie des personnages sont tout à fait remarquables. On est dans la tragédie, mais la tragédie subtile, pas le mélodrame. Plutôt le psychodrame.

Dans le tome 2, l’auteur fait un parallèle choquant et réaliste avec la guerre. L’État demande le sacrifice de sa jeunesse en cas de conflit. Souvent, la nécessité n’est pas plus claire de faire la guerre que d’injecter la mort programmée à un millième. L’État est un ogre, même en démocratie. Il exige parfois le sang de sa jeunesse (guerre) et toujours sa sueur (impôt).

Les dessins sont tout simplement époustouflants de réalisme et d’émotion. On est à des années-lumière des mangas bâclés qu’on désigne d’habitude pudiquement du terme dessin stylisé. Les expressions des personnages, les décors même, tout est réussi. D’autre part, les Japonais ont des têtes de Japonais et ça renforce le réalisme. Il est courant dans les mangas de représenter les personnages japonais sous des traits européens. Mais, quand par exemple au sein d’une famille japonaise campagnarde des années 40, la fille est une Blanche blonde, ça le fait pas. Ici, pas de ça, on y croit, on est immergé, pris aux tripes et au cœur.

Globalement un manga époustouflant pour adultes, dont un film a été tiré au Japon.




 

 

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