vendredi 14 février 2014

Critique : Gil Jourdan l’intégrale, volume 1 par Maurice Tillieux (Bande dessinée)


Éditeur : Dupuis
Date de parution : fin des années cinquante
Genre : BD de détective humoristique 

Dans les années cinquante et soixante, l’école belge produisait les meilleurs BD du monde pour la jeunesse et aussi pour la vieillesse. Avant de sortir en album, les plus savoureuses d’entre elles étaient publiées en feuilleton dans les deux magazines vedettes de l’époque : Tintin et Spirou.

Chez Spirou officiait l’éditeur Charles Dupuis. Non seulement il était un dénicheur de talents sans pareille, mais en plus il s’immisçait dans les créations de ses poulains, souvent pour le meilleur. La grande vedette, c’était Franquin qui avait donné le nom à l’hebdomadaire. Aux côtés du père, il y a avait le fils et le sain esprit : Roba et Peyo. Et puis, pullulait une pépinière de talents dont Marc Tillieux fut le plus brillant représentant.

Marc Tillieux était un artiste complet : romancier, scénariste et dessinateur. Sa meilleure création est la série des Gil Jourdan, 15 albums de 1956 à 1973.

Gilbert Jourdan est un jeune détective privé bardé de diplômes, d’intelligence et d’agilité physique. Sa morale irréprochable et ses façons pince-sans-rince sont tintinesques. Un tel personnage seul serait ennuyeux : trop lisse ce gendre idéal, trop parfait, pas humain. Alors il s’entoure de deux faire-valoir. Libellule est un ancien cambrioleur repenti, l’âme damnée de Gil. Cerveau miniature (sauf nécessités de l’intrigue) mais attachant. Il fait des calembours dont lui seul rit. De toute façon, Jourdan ne rit jamais, ne boit jamais, ne fume pas, ne b… etc. L’inspecteur de police Crouton, c’est le bouffon par sa maladresse physique, mais par contre il assure intellectuellement. Bref, ce trio se complète. Leurs aventures mêlent rebondissements et humour.

Le dessin, il faut le dire, n’est pas le point fort de Tillieux. Il s’inspire du style Franquin sans parvenir à égaler le maitre. D’après ce qu’il raconte dans un interview, c’est Charles Dupuis qui lui a demandé ce style caricatural (les têtes des personnages sont disproportionnées par rapport au reste du corps comme chez Franquin) alors qu’il se sentait plus en phase avec le style réaliste d’Hergé.

La force de Tillieux, c’est le scénario. La psychologie des personnages. L’intrigue, bien sûr. Mais surtout les dialogues. Tillieux, c’est l’Audiard de la BD, le Lauzier pour la jeunesse. Les dialogues sont si cocasses et percutants qu’ils en deviennent irréalistes : on imagine mal le clampin de base avoir autant d’esprit. Tous les persos renvoient la balle chez Tillieux. C’est savoureux. Il possède aussi l’art de découper l’histoire en cases, le point fort d’Hergé.

Le volumineux tome 1 cartonné de l’intégrale propose les quatre premières aventures de Gil Jourdan : Libellule s’évade, Popaïne et vieux tableaux, La voiture immergée et Les cargos du crépuscule. En introduction, on a droit à une passionnante biographie de Tillieux, illustrations à l’appui, présentant sa vie artistique, donc, et aussi la genèse de Gil Jourdan.
 
 

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