mardi 2 avril 2013

Critique : L’indic et le commissaire


Auteur : Lucien Aimé-Blanc (commissaire) assisté de Jean-Michel Caradec’h (écrivain et journaliste)
Éditeur : Plon
Date de parution : 2006 (manuscrit achevé le 14 septembre 2005)
Genre : Mémoires mémorables d’un flic 

Lucien Aimé-Blanc est un brillant policier français dont la carrière s’étend sur 30 ans à partir de 1961. Connu surtout pour sa participation à la traque de Mesrine (ses révélations sur le sujet publiées en 2002 ont fait du bruit), il a œuvré en tant que commissaire dans différents services de lutte contre le grand banditisme : la Brigade Mondaine, l’OCRB, la BRI, les Stups…

Dans ce livre, il décrit les affaires marquantes sur lesquelles il a travaillé de 1961 à 1983. Ses révélations sont à la fois fracassantes et effarantes. Pour résumer, l’État français via les services secrets a régulièrement recours à des tueurs de la pègre pour perpétrer des assassinats politiques. Des exemples ? Enlèvement d’un opposant marocain (affaire Ben Barka) ; assassinat d’un gauchiste turbulent (affaire Pierre Goldman, le frère de Jean-Jacques) ; assassinat d’un militant tiers-mondiste (Pierre Curiel) ; assassinat de leaders corses indépendantistes (Guy Orsoni). À noter que l’État espagnol n’est pas en reste, avec les commandos GAL chargés d’éliminer en toute impunité des dizaines de membres de l’ETA.

À propos de l’affaire Ben Barka, l’auteur divulgue des écoutes téléphoniques, prouvant que le Premier Ministre de l’époque (Pompidou) était au courant du projet d’enlèvement…

Pour recruter les tueurs de la pègre, l’État dispose de plusieurs moyens : paiement cash par contrat, protection des activités illégales du tueur (prostitution, jeu), réduction de peine. En Espagne, on a même parfois fait sortir des criminels de prison pour les enrôler dans les commandos GAL.

On comprend mieux, à la lecture de ces révélations, pourquoi l’opinion publique adhère souvent à la théorie du complot : c’est parce que les crimes d’État parsèment l’histoire de notre beau pays démocratique et parce que des complots, il y en effectivement parfois, et des bien répugnants.

L’autre aspect intéressant du livre, c’est la description des rapports nécessaires et troubles entre la police et les indicateurs. Sans indic, pas de police, c’est bien connu. La difficulté pour les policiers consiste à ne pas franchir la ligne jaune, les relations avec les indics étant illégales. Pour bien faire son métier, le policier est obligé d’enfreindre la loi.

Laissons la conclusion à Aimé-Blanc :

Dans la police, il faut choisir : ou bien prendre des risques pour lutter contre les criminels, ou soigner sa carrière en évitant la moindre vague. En fin de parcours, on retrouve beaucoup plus de directeurs qui n’ont jamais arrêté personne que d’hommes de terrain. Ce n’est pas une caractéristique propre à la police.

En effet, il s’agit là d’une caractéristique typiquement bureaucratique et étatique : en général mieux vaut ne rien faire d’audacieux, d’innovant ou de créatif ; juste se concentrer sur le pain quotidien : dépenser l’argent du contribuable, sans oublier de pleurnicher sur le manque de moyens…
 



 

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