mercredi 12 décembre 2012

Critique : Quartier lointain (manga), de Jirô Taniguchi


Éditeur : Casterman pour la version française

Date de parution : 1998

La collection Écritures de Casterman propose souvent des mangas de grande qualité.

Il a 48 ans, un peu alcoolo, assez usé par le boulot et la platitude de la vie quotidienne, comme tant d’autres. Sa mère est morte il y a 20 ans et son père a disparu quand il en avait 14. Soudain, coup de théâtre dans sa routine sclérosante, il se retrouve propulsé dans le passé, à l’âge de 14 ans, dans sa famille japonaise en 1964.

Au début, bien sûr, il est abasourdi. Ensuite, il est ravi : il retrouve le corps de sa jeunesse, avec sa conscience et son expérience d’adulte. Son entourage le trouve changé, forcément. Notre personnage principal les déroute, mais aussi les fascine par sa maturité. Puis vient le temps du doute : il a peur de changer le cours des événements puisqu’il se comporte différemment, un dilemme classique des voyages dans le temps. Paradoxalement, il voudrait bien modifier un élément-clé de sa vie : empêcher son père de partir du jour au lendemain sans donner d’explications ni laisser de traces.

Le thème du voyage dans le temps est archi rebattu, mais inépuisable. Ce qui compte, c’est qu’il soit traité avec finesse et talent. C’est le cas ici. Le personnage principal nous invite à des réflexions philosophiques sur la jeunesse, la façon dont elle voit les adultes et vice-versa. Car il se sent à la fois jeune et vieux.

Les personnages sont attachants et leur psychologie tient la route. L’intrigue est prenante.

Le dessin est magnifique. Très fin, surtout pour un manga dont les stéréotypes et les canons donnent en général un aspect certes vivant et énergique, mais produisent un dessin bâclé. Ce n’est pas le cas ici. Les paysages sont représentés avec précision et réalisme, les personnages sont bien expressifs, de visage comme de corps. Bref, c’est du beau dessin artistique.

Quartier lointain se raconte en deux volumes. Je ne dévoilerai pas ici l’intrigue de la suite pour ne pas gâcher le suspense aux futurs lecteurs du premier volume. Il suffit de dire que la seconde partie révèle une histoire incroyablement profonde, dramatique (carrément triste, mais réaliste), touchante voire bouleversante, et pleine de rebondissements à la fois plausibles et étonnants.

L’ensemble donne un manga touchant et profond, un chef-d’œuvre : le mot ne parait pas trop fort. Un roman graphique philosophique et d’une grande psychologie.



 
 
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