mercredi 8 août 2012

Nouvelle courte : Le plumitif hâtif


Depuis des années, tous les éditeurs refusaient ses manuscrits. Il lui fallait changer de méthode. L’apprenti écrivain décida de se faire pistonner. Il attendit à la sortie de son bureau une directrice de collection des éditions Gallimuche qu’il avait reconnue grâce à la photo sur le site de la maison d’édition. Il l’aborda et la séduisit, car s’il manquait de talent littéraire, il possédait le charisme des passionnés ainsi, accessoirement, qu’un physique avantageux.

Après l’acte d’amour, il lui remit son meilleur roman. La demoiselle lut le début et déclara que malgré l’amour bouillant qu’elle éprouvait pour son amant, l’écrivain la laissait de glace.

Elle fit la bêtise de lui conseiller de changer de voie. Il entra dans une rage immense et commença à l’étrangler. Il se reprit en réalisant qu’il avait laissé tant de traces de lui que la police ne manquerait pas de le retrouver. Il s’excusa, ramassa son manuscrit imparfait et partit.

Étrangler une éditrice l’avait mis en extase. Ah, se venger du rejet des éditeurs ! Et tuer, exprimer sa force, quelle sensation ! Sans compter que l’expérience pourrait l’inspirer pour son prochain thriller sur un tueur en série. Il jubilait à l’idée de joindre l’utile à l’agréable.

Rentré chez lui, en parcourant le site web des éditions Albi Michon, il repéra une éditrice dont le nom lui était douloureusement familier. Elle avait refusé tous ses textes, et suprême humiliation, presque dès réception à chaque fois.

La rage au ventre, l’excitation au bas-ventre, il la suivit à la sortie des bureaux de l’éditeur, enfila des gants en plastique et l’étrangla devant chez elle. Il réussit à prendre la fuite sans se faire repérer.

Il était en train de vivre le meilleur moment de sa vie quand, rentré chez lui, il ouvrit ce courrier :

Monsieur,

J’accuse réception de votre manuscrit. Contrairement aux précédents textes, je décèle une grande profondeur dans votre œuvre. Je vous avoue cependant que j’ai eu le plus grand mal à le faire accepter de ma direction. Si nous le corrigeons ensemble, je suis confiante qu’il sera édité chez Albi Michon. Encore bravo. Veuillez me contacter au…

La lettre était signée de l’éditrice qu’il venait de tuer.







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