vendredi 25 novembre 2011

L’impasse afghane de G. Chaliand

      Titre : L’impasse afghane

Auteur : Gérard Chaliand

Éditeur : éditions de l’Aube

Date de parution : mai 2011
 

Selon Wikipédia, Gérard Chaliand, né en 1934, est spécialiste de l'étude des conflits armés et des relations internationales et stratégiques. Ses axes de recherche concernent essentiellement les conflits irréguliers (guérilla, terrorisme) dont il est devenu l'un des plus éminents spécialistes et théoricien mondial.

Après cette introduction dithyrambique de Wikipédia, passant au livre. Ce court essai lucide se propose d’expliquer pourquoi l’Afghanistan est un bourbier pour la Coalition, sans espoir de vaincre les talibans.

L’auteur commence par analyser avec pertinence pourquoi au XIXème siècle les guerres coloniales réussissaient là où, de nos jours, les conflits néo-coloniaux (Vietnam, Irak, Afghanistan) sont un fiasco cuisant.

L’auteur rappelle, à juste titre, que le terrorisme est un phénomène certes très médiatique et psychologiquement important, mais secondaire stratégiquement. Il est grand temps de s’affranchir de la propagande initiée par l’administration Bush et de prendre la mesure d’un phénomène qui ne peut rien changer au statu quo mondial.

Les raisons de l’échec sont nombreuses. La première et plus importante est, selon l’auteur, le gouvernement du président afghan Karzai. Corrompu jusqu’à la moelle, réélu à la manière d’une république bananière, il ne fait presque rien pour le peuple. Il est si décrédibilisé qu’il constitue de fait une raison pour les Afghans de rejoindre les forces talibanes. On se demande au passage pourquoi les Américains ne remplacent pas cet épouvantail.

L’armée afghane est mal équipée, peu motivée et souffre de désertions massives. Elle est encore loin d’être capable de prendre le relais de la coalition. La police est très corrompue mais c’est naturel : compte tenu de son salaire trop faible, elle est obligée de rançonner la population pour vivre.

Concernant les soldats de la coalition, leurs faiblesses sont nombreuses. Pour éviter les pertes humaines, on a recours aux frappes aériennes qui font des victimes civiles et liguent la population contre eux. Ensuite, l’auteur mentionne le thème classique mais juste de la civilisation qui amollit, du confort qui affaiblit : les talibans, pauvres et frugaux, confortés par leurs idéaux messianiques, ont une capacité à endurer, à supporter la souffrance et à faire preuve de fermeté psychologique bien supérieure à leurs adversaires.

Ayant vu des documentaires sur la vie quotidienne des soldats occidentaux, j’appuie l’analyse de G. Chaliand : ils sont là pour 6 mois, enfermés dans leur camp retranché confortable. Ils pratiquent la musculation, surfent sur le net et restent en contact quotidien avec leur famille. Ils ne sortent que pour de rares et dérisoires patrouilles à quelques centaines de mètres de leur bastion assiégé. Pas de véritable contact avec la population, dont on ne connaît ni la langue ni les coutumes. Ils restent entre eux, consomment leurs produits importés et restent psychologiquement en transit. Il y a peu de vrais combattants.

Et les talibans dans tout ça ? Ils ont importé avec succès les méthodes de combat de leurs « frères » d’Irak : attentats-suicides et surtout IED, notamment les mines antipersonnel, responsables du gros des pertes coalisées : un soldat qui marche dessus s’en tire au mieux avec une amputation des deux jambes à mi-cuisse. Les talibans pratiquent aussi des embuscades, parfois en infériorité numérique, toujours en infériorité d’armement.

Avec la population, ils usent de persuasion et de coercition. Les collabos sont exécutés. Les autres sont persuadés de rester au moins dans une neutralité bienveillante. Les talibans rappellent qu’ils viennent délivrer le pays des étrangers infidèles. Leur politique d’asservissement des femmes est en accord avec les traditions des populations rurales. Ce sujet est d’ailleurs un autre écueil de la coalition : il n’est pas bon de heurter de front les traditions ancestrales.

Ils se financent avec l’argent de la drogue florissante, qu’aucun camp ne souhaite ou peut éradiquer. Ils ont mis au point un système de prime pour motiver leurs troupes : les têtes de leurs ennemis (soldats étrangers, soldats afghans, collabos interprètes…) sont mises à prix.

L’auteur prétend que les services pakistanais aident les talibans. Je ne le rejoins pas sur ce point, car le Pakistan combat durement les talibans pakistanais. Le pays a d’ailleurs perdu plus de soldats que l’ensemble de la coalition. Il parait difficile d’armer les uns tout en combattant les autres alors les deux « espèces » de talibans sont en contact…

Avec raison, l’auteur affirme qu’il faut prendre garde à la propagande de son propre camp. Je ne serais pas surpris que le mythe de l’aide pakistanaise a été inventé pour justifier les échecs de la coalition… On a souvent besoin d’un bouc émissaire.

En conclusion, un essai passionnant qui permet d’y voir clair sur le pot de pus afghan.



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